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Extractivisme : la planète pillée par ses industries

Extractivisme : la planète pillée par ses industries

La chronique de Jean Rouzaud.

Par Jean Rouzaud

Drôle de sujet, déjà abordé sur Nova : le pillage de notre planète par toutes sortes d’industries, voraces et sans souci de prévisions. Vous l’avez compris, il n’y a pas que la pollution, il y a l’extraction, c’est-à-dire racler, creuser, déplacer, transformer des milliers de tonnes de tout !

Anna Bedbik

Les éditions Le Passager Clandestin ressortent l’enquête mondiale d’Anna Bednik (chercheuse indépendante) en version poche. Elle nous livre la situation mondiale de ces extractions… En ce moment, l’Amérique du sud est le continent le plus convoité.

En un an, voici un aperçu mondial : Pétrole = 4 milliards de tonnes, Gaz = 3 milliards de mètres cubes, Charbon = 7 milliards de tonnes, Fer = 3 milliards de tonnes, Phosphate = 200 millions de tonnes, Bauxite = 200 millions de tonnes, Potasse = 35 millions de tonnes, Chrome = 30 millions de tonnes, Cuivre = 18 millions de tonnes, comme le Manganèse… etc. (tous les matériaux sont listés).

Et ainsi de suite, une spirale de consommation jusqu’au sable et gravier pour 15 milliards de tonnes… Le tout à transporter dans des tankers de 400 000 tonnes, dont on ne connaît pas la quantité…

Ces chiffres sont réunis (le livre détaille tout : les résistances, les blocages, les organismes de lutte et défense), bien que les entreprises refusent de divulguer ces données, dites « confidentielles »…

Même la biomasse animale et végétale qui crée une valeur de 77 milliards de dollars (chiffre en 2011) est une extraction, mais cette fois prélevée sur le vivant…

À nous de consommer différemment : savoir dire NON

Se faire une idée globale de la situation ne peut passer que par ce genre de document, et par la quantité d’informations patiemment réunies (+ un historique des lanceurs d’alerte, depuis un siècle, et des contre-vérités qui ont fait croire que ce pillage était indispensable à notre survie).

Les réserves des pays sont analysées, mais aussi ce qu’il faut pour fabriquer un simple code-barres et les machines pour le lire : pas moins de 30 métaux (cuivre, argent, or, aluminium, tungstène, fer, nickel, étain, zinc, plomb, platine…) et terres rares (baryum, béryllium, cadmium, hafnium, indium…) plus des isolants…

Doit-on toujours mettre des code-barres sur chaque légume ??? On songe quand même à supprimer les petites factures papier ruineuses.

Extractivisme

Cette frénésie d’arrachage de nos sols, pour des engins trop complexes et polluants, face à des solutions plus contrôlées et économes, dont l’usage et l’utilité sont prouvés, l’emporte encore par un lobbying déchainé et à l’absence totale de respect et de légalité  des acteurs de ce « big business »…

Il est grand temps de changer de façon de penser : la ruine de la planète par la technique, la science et la technologie, est annoncée depuis très longtemps. À nous de consommer différemment : savoir dire NON.

Extractivisme. Par Anna Bednik. Le Passager Clandestin. 495 pages. 10 euros. Version augmentée, mise à jour avec notes et bibliographie (de nombreux sites relaient ce livre et son auteur).

Visuels (c) Getty Images / Bloomberg