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Donner la parole à la jeunesse, la mission de la ZEP, Zone d'Expression Prioritaire

Donner la parole à la jeunesse, la mission de la ZEP, Zone d'Expression Prioritaire

Trop souvent oubliés par les médias, la ZEP encourage les jeunes à s'exprimer et à raconter leurs histoires.

Par Laura Marie

Les journalistes Emmanuel Vaillant et Edouard Zambeaux ont fondé en 2015 La ZEP, Zone d’Expression Prioritaire. Un projet qui part d'un constat :  dans les médias, la jeunesse est quasi-inexistante. Leur parole n’est que très peu valorisée, majoritairement ignorée. La ZEP a un seul et unique objectif, leur donner la parole.

« Avec Edouard, on s’est retrouvé sur l’idée qu’il y a une parole de jeune qui n’est pas ou peu entendue dans l’espace médiatique, raconte Emmanuel Vaillant, directeur de la rédaction de la ZEP. Il s’agissait de l’importer pour qu’elle émerge ». Pour les deux journalistes, donner la parole à cette jeunesse, notamment à celle des quartiers populaires est important pour comprendre la réalité de ce qu’elle vit. En grandissant, chaque jeune vit des évènements différents et du coup, a des histoires différentes à raconter. 

« L’histoire des gens en général n’est pas assez entendue »

En organisant des ateliers dans des lycées, des collèges, des universités ou encore dans des associations, La ZEP entend encourager les jeunes de 14 à 28 ans à oser prendre la parole et s’exprimer. Car raconter leur récit de vie n’est pas une tâche à laquelle ils sont habitués à s’adonner. « Lorsqu’on leur demande leur histoire, ils sont surpris, explique le directeur de la rédaction de la ZEP. Et quand on arrive à trouver un sujet, à tirer sur un fil et le faire exister, ils s’aperçoivent que finalement leur histoire est intéressante ». 

Assujettis par l’actualité, la majorité des médias oublient de donner la parole aux personnes qui font la société. « L’histoire des gens en général n’est pas assez entendue », poursuit Emmanuel Vaillant. On tombe alors dans la facilité de la généralisation. Pour Emmanuel Vaillant, il était important de « revenir à des récits individuels et de montrer que chaque histoire, aussi intime soit-elle, donne à voir une réalité qui va en concerner d’autres ». Le récit d’un banlieusard qui se sent discriminé à Paris, celui d’une jeune femme déscolarisée et sans diplôme qui a peur pour son avenir, ou bien encore celui d’une jeune victime de viol, qui confie sa souffrance trois ans après. Chaque histoire mérite d'être entendue.

« Le succès du média témoigne bien du fait qu’il y a une parole qui a besoin de sortir »

En revanche, pas question de donner son opinion. « Il y a déjà beaucoup d’opinions, beaucoup de paroles, de commentaires (…). Le travail qu’on fait nous n’est pas de porter leur point de vue mais de porter leur histoire de vie, ce qui est très différent », explique Emmanuel Vaillant. 

Si le projet intéresse autant, c’est que la parole des jeunes n’est finalement pas si ignorée que ça. La ZEP travaille en collaboration avec Libération, Le Monde ou bien encore Konbini, qui relaient de nombreux témoignages. « Le succès du média témoigne bien du fait qu’il y a une parole qui a besoin de sortir, des récits qui ont besoin de sortir. Il faut juste mettre le bon dispositif à porter de main des jeunes pour que cette parole émerge », conclut Emmanuel Vaillant. À l’avenir, il souhaiterait s’élargir à la vidéo, pour donner aux jeunes un espace encore plus grand, plus libre, pour partager leur voix.

L'interview complète avec Emmanuel Vaillant est disponible dans Today's Special.

Visuel © Getty Images / Soltan Frédéric