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Sharhabeel Ahmed

Aux sources du jazz soudanais avec Sharhabeel Ahmed

Nouvo Nova : « Kamar Dawa » de Sharhabeel Ahmed.

Par Matthieu Fontaine

Chaque jour, Nova met un coup de projecteur sur une nouveauté : le Nouvo Nova vous présente les coups de cœurs de la programmation, afin que vous ne ratiez rien des dernières trouvailles qui nous ont titillé l’oreille. Aujourd'hui : « Kamar Dawa » de Sharhabeel Ahmed.



Dans l'ombre du célèbre Ethio-jazz, ce mélange de jazz, de soul occidentale et musique folklorique éthiopienne né à la fin des années 1950, la scène jazz contemporaine du voisin soudanais est à son tour redécouverte et documentée depuis plusieurs années. Un travail d'archéologie sonore que l'on doit au spécialiste du rare groove moyen-oriental, le label berlinois Habibi Funk. Leur dernière compilation, intitulée Sharhabeel Ahmed The King of Sudanese Jazz, fait honneur à l'un des fondateurs du jazz soudanais. 

Diplômé de l’Institut de la musique de l’Université de Khartoum, Sharhabil Ahmed n'a même pas trente ans dans les années 1960 lorsqu'il découvre la guitare électrique, en même temps que les nouvelles sonorités débarquées d'occident. A l'instar d'Addis-Abeba avec l'Ethio-jazz, la capitale Khartoum, fraîchement libérée du joug colonial britannique et foisonnante de lieux de brassage culturel, bar, hôtels, théâtres, constitue le terrain de jeu idéal des expérimentations du jeune musicien. Résultat, la musique de Sharhabil Ahmed allie une combinaison unique de surf, rock'n'roll, funk, musique congolaise couplés à des harmonies d’Afrique de l’Est, notamment l'Haqiba, ce chant traditionnel soudanais accompagné de tambourin. 

Mohammed Wardi, Kamal Keila ou encore The Scorpions, autant de noms apparus dans la lignée du "Roi du jazz soudanais" qui ont constitué la scène soudanaise, jazz d'abord, puis psychédélique et funk. Une scène créative et indépendante réduite au silence à partir de 1989 et le coup d'état du général Omar el-Bechir, qui instaure un pouvoir islamiste et liberticide. Plusieurs décennies plus tard, en 2017, Jannis Stürtz, le fondateur d'Habibi Funk, avait retrouvé et rencontré Sharhabeel Ahmed, chez lui près de Khartoum. Un premier morceau, Argos Farfish, avait été réédité l'année suivante, avant les sept titres de cette nouvelle compilation, Sharhabeel Ahmed The King of Sudanese Jazz, disponible depuis le 10 juillet.