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Au Pérou, les femmes se battent pour leurs droits

Au Pérou, les femmes luttent contre le machisme de l'État

Les réalisatrices Marine Guillaume et Aurore Chatras mettent en lumière le combat de femmes qui luttent contre l’indéfendable.

Par Laura Marie

Au Pérou, le machisme règne. Ce n’est effectivement pas le seul endroit au monde où c’est le cas, mais là, on parle bien du Pérou. Si la constitution péruvienne de 1979 reconnaît le droit à l’égalité pour les deux sexes, les crimes commis sur les femmes sont faits, à Lima et ailleurs, en toute impunité. Agressions sexuelles, viols, stérilisations de force ou avortements clandestins, les violences exercées sont quotidiennes et la culture du viol normalisée. 

Depuis plusieurs années, les femmes ont décidé d’unir leur force et de combattre l’État patriarcal dans lequel elles vivent. Cette réalité terrible, deux réalisatrices l’ont mis en lumière. Après avoir réalisé un reportage il y a quelques années, Marine Guillaume et Aurore Chatras ont réuni leur travail sur un site Internet intitulé Supervivientes. Photos, vidéos, chiffres témoignent de ce que les femmes péruviennes subissent depuis tant d’années.

Les femmes n’avaient plus leur mot à dire.

En 1996, Alberto Fujimori est président. Il lance une « une politique de régulation de la population », nous explique les réalisatrices. « Une campagne de planification familiale avec un programme de contraception chirurgicale volontaire, que l’on peut traduire par stérilisation ». À l’origine, si ce programme ne concernait que les femmes volontaires, « une politique de quota s’est mise en place », poursuivent-elles. « Ce qui a mené à l’incitation au harcèlement. » Les femmes n’avaient, finalement, plus leur mot à dire.

Sur le site Internet, on retrouve des témoignages de femmes victimes de cette campagne. Depuis toutes ces années, elles n’ont cessé de lutter pour obtenir justice. L’une d’entre elles s’appelle Victoria Vigo. « Les médecins lui ont ligaturé les trompes pendant son accouchement », sans qu’elle n’ait donné son avis. C’est à son réveil que la femme s’en aperçoit, en surprenant une conversation entre médecins. « C’est l’une des trois femmes qui a réussi à porter son cas devant les tribunaux », précisent Marine Guillaume et Aurore Chatras.

Au Pérou, l’Église « possède un sacré pouvoir d’influence ». Dans les médias, des cardinaux prennent souvent la parole. « Une sacrée campagne menée contre l’avortement », révèlent les deux réalisatrices. Un cardinal en particulier est très sollicité. Dans une vidéo, il justifie les viols sur mineur, en dénonçant l’allure et les tenues provocantes des jeunes filles de 9 ans. Ainsi, le problème viendrait des enfants. Suite à un viol, les mineures ne peuvent avorter. Chaque jour, quinze jeunes filles deviennent des jeunes mamans sans le vouloir. Certaines encourent le risque et choisissent d’avorter clandestinement. 

« Ce qui était l’apanage des associations féministes est revenu entre les mains et à la bouches des citoyens »

« Plusieurs associations se battent contre ces violences », expliquent Marine Guillaume et Aurore Chatras. « Un mouvement populaire et citoyen s’est lancé dans toute l’Amérique du Sud et a pris une grande ampleur ». Ce mouvement s’intitule Ni Una Menos. Lancée en Argentine, il a permis un réveil de toutes les femmes péruviennes. « On pense qu’il s’agit seulement de plusieurs petits cas de violences impunies puis la parole s’ouvre et on arrive à des centaines et des milliers de cas », rajoute les deux femmes. Elles concluent : « Ce qui était l’apanage des associations féministes est revenu entre les mains et à la bouches des citoyens ».

L'interview complète de Marine Guillaume et Aurore Chatras est disponible dans Today's Special.

Visuel © Facebook Supervivientes