Aller au contenu principal

« Jean-Michel Basquiat : la sauvagerie de la civilisation »

« Jean-Michel Basquiat : la sauvagerie de la civilisation ». Le billet quotidien d'Éduardo Rihan-Cypel, sur Nova.

 

C'est l'histoire d'un type mort à 28 ans d'une overdose, un jeune métis de Brooklyn à New York, devenu en un temps record l'artiste le plus important de son époque : Jean-Michel Basquiat.

Quand j'ai découvert Basquiat, j'ai eu comme un choc. Un sentiment étrange, mélange de joie et de flippe. Car ce n'était pas la Basquiat dont on m'avait parlé, ce n'était pas celui que j'imaginais, c'est-à-dire une sorte d'un grapheur new yorkais ayant réussi à pénétrer l'univers de galeries de Manhattan. En somme je voyais Basquiat comme un artiste de la Rue, un jeune représentant de la génération underground du début des années 80.

Mais la vérité de Basquiat est ailleurs selon moi. Basquiat est d'abord un grand peintre dans la lignée des Picasso, Monet ou Bacon. Basquiat est à son époque la preuve vivante que la peinture vit encore, que la peinture a un avenir, qu'elle n'est pas condamnée à disparaître avec l'avènement de l'art dit "contemporain", des performances artistiques, de l'œuvre sans cadre, une tendance lourde de l'art qui nous occupe encore. Basquiat, non. Il reste fidèle, sans doute par nécessité, à la peinture sur toile. 

Basquiat déchire les corps, les reconstitue, dresse des silhouettes tortueuses, dessine des têtes et des crânes dont on ne sait s'ils sont ouverts ou  trop plein de symbolique et de signifiants. On confond même, en raison du foisonnement pictural, ce qui relève du corps et ce qui relève du symbole. Il y a fusion.

Basquiat y ajoute même des mots écrits . Et ces mots ajoutés sont décisifs. De même que ces personnages de cartoons ou de comics que Basquiat aimait souvent introduire dans certaines de ses œuvres. 

En réalité, Basquiat introduit dans le travail pictural le langage en tant que tel qui émerge et qui dialogue avec le mode de perception pictural qui est celui de la représentation. Là c'est le langage, à travers le mot, qui surgit. Parfois même, Basquiat s'amuse à écrire un mot et le barrer d'un trait. Comme pour signifier que le mot, le signifiant, ne dit pas  tout à fait ce qu'il est supposé dire et signifier. Basquiat nous invite à la prudence face au langage ordinaire qui ne dit pas tout et parfois masque le sens des choses. 

Les personnages de cartoons ne se réduisent pas à une référence à l'univers de son enfance. La signification de cela va plus loin. Je crois que Basquiat avait l'impérieuse nécessité de réintérroger ce qui fait sens à son époque, la multiplicité des langages symboliques disponibles, de l'imaginaire de cette fin de siècle dont il est l'enfant, celui de la société de la sur-consommation, du spectacle total, de l'entertainement dont nous sommes tous les rejetons. 

Basquiat ose affronter sur sa toile l'ensemble des concurrents symboliques issus de la société du divertissement. Il les intègre dans sa peinture et les enveloppe par la puissance de feu de sa couleur et de ses créatures.

La peinture de Basquiat est un refus à l'abrutissement de la société du divertissement. Derrière l'agitation angoissante de certaines formes, Basquiat nous apaise par un équilibre des couleurs en fond jamais vu, selon moi, depuis Picasso.

On a beaucoup parlé d'une peinture sauvage au sujet de Basquiat. Je crois que c'est tout le contraire. Basquiat nous réconcilie avec la civilisation en se rapprochant de son foyer de sens originel. Basquiat est un résistant dont l'œuvre est un refuge près de l'origine même de l'acte artistique depuis Lascau.

Basquiat correspond exactement à ce que disait le philosophe Gilles Deleuze de l'acte de création : "un acte de résistance contre la mort."

Le Billet d'Eduardo Rihan Cypel
Emissions

Le Billet d'Eduardo Rihan Cypel

Par Eduardo Rihan Cypel
Tous les matins à 7H55

« Je rêve d'un Tropicalisme français ».

« Je rêve d'un tropicalisme français »

La chronique d'Eduardo Rihan Cypel sur Nova.

ou-en-est-on-pop-art-eduardo-rihan-cypel

Où en est-on avec le pop-art ?

Les icônes du pop art exposées au Musée Maillol.

« La nouvelle bataille de l'info »

« La nouvelle bataille de l'info »

Eduardo Rihan Cypel analyse la décision de Mélenchon.