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Firefox est mal en point. Et sur le point de mourir ?

Il a à peine quelques heures, hier, je vous faisais part de la crise que traverse Wikimedia France, l’association de soutien à l’encyclopédie libre Wikipédia. L’un des plus beaux projets du web libre.

Eh bien bientôt, vous ne pourrez peut-être même plus accéder librement à une page Wikipédia, parce que vous n’aurez plus de navigateur web libre. Après Wikimedia mal en point, Firefox serait sur le point de mourir.

Firefox, c’est un navigateur libre et gratuit. Il est développé par la Fondation Mozilla, une fondation à but non lucratif créée en 2003 dans le but de promouvoir les logiciels libres et de, je cite, “préserver le choix et l'innovation sur Internet”. Mozilla a aussi créé le logiciel de messagerie électronique Thunderbird, le gestionnaire de bug Bugzilla… mais son produit-phare, c’est le navigateur, Firefox.

Pionnier sur la protection des données

Sur la home de son site, inscrit en gros : “Internet est un bien commun, nous le défendons”. Là où Firefox a su se démarquer des autres navigateurs propriétaires, Internet Explorer, Safari, Google Chrome, c’est notamment sur la protection de la vie privée.

Firefox a fait des efforts tout particuliers pour éduquer ses utilisateurs à la protection des données personnelles et à l’usage de la navigation privée. Dans sa version mobile, Firefox a même lancé il y a quelques mois l’application “Firefox Focus”, un navigateur en mode privé par défaut, pour ne pas laisser de trace lors de sa navigation. Firefox Focus efface tout votre historique systématiquement et surtout bloque énormément de traqueurs sur internet. Bref, une initiative salutaire dans le monde si fermé et opaque des applications pour smartphone.

Sauf que Firefox n’aurait plus que quelques années à vivre. Si l’on en croit, en tous cas, un ancien directeur technique de Mozilla, Andreas Gal qui vient de signer un billet de blog des plus pessimistes. L’auteur explique les difficultés que rencontre actuellement le navigateur libre. Et notamment comment il se fait littéralement bouffer par Google Chrome.

“Google Wins” 

Et autant dire que le reste de la concurrence est quasi inexistant. Du côté de Microsoft, c’est la Bérézina. Son navigateur, Internet Explorer, continue de voir son nombre d’utilisateurs chuter, et ne devrait pas survivre plus de deux ans. Et son nouveau navigateur, Edge, reste très marginal. Du côté d’Apple avec Safari, le bilan n’est pas beaucoup plus reluisant. Toujours disponible exclusivement sur les produits Apple, le navigateur conserve des parts de marché très modestes.

Ne reste donc que Google. Eh oui, sur le marché des navigateurs web aussi, nous sommes en train de nous diriger très sûrement et très sereinement vers une situation de monopole absolu pour Google. Pourtant Firefox est encore utilisé par plus de 90 millions de personnes. Mais la tendance est claire, les courbes de progression de Chrome et de Firefox se sont croisées depuis bien longtemps. Aujourd’hui Chrome capte 48% des parts de marché, Safari 19%, Firefox 14%, Internet Explorer 6% et Edge 4%.

Que s’est-il passé pour en arriver là ? Une stratégie très agressive de Google. Aujourd’hui le marché des navigateurs web est stagnant, c’est-à-dire que tout le monde quasiment est déjà équipé. Le seul moyen de progresser, c’est donc de bouffer ses concurrents. Et Google a une méthode très simple. Le monopole favorise le monopole.

Victime de matraquage

Google s’appuie sur sa position dominante et l’ensemble des services pour capter les utilisateurs. En fait, que vous utilisiez Gmail, YouTube, Google Agenda ou tout simplement le moteur de recherche Google, des messages pour promouvoir Chrome et vous inciter à changer de navigateur vont s’afficher régulièrement. Jusqu’à ce que vous optiez pour Chrome. Et même pire, ces messages peuvent vous faire croire qu’il s’agit d’une recommandation de sécurité ou d’une mise à jour indispensable. On vous suggère que Chrome est plus sûr, plus rapide, et quasiment que vous en avez besoin pour mener à bien votre navigation en cours. 

Firefox est donc victime de ce matraquage. Alors que le navigateur propose aujourd’hui un service extrêmement performant, qui a bien évolué, et propose de constantes nouveautés. À la limite, il existe d’autres navigateurs alternatifs. Brave, Vivaldi, Maxthon, Torch, SeaMonkey… Mais ce sont essentiellement des navigateurs spécialisés pour des usages spécifiques, plutôt destinés à un public averti, et qui n’ont pas la puissance de frappe de Firefox pour développer des fonctionnalités grand public.

Et notez aussi que le navigateur Tor qui permet pour le coup de naviguer parfaitement anonymement, est basé sur Firefox.

Quelle solution face à ce tableau si sombre ? C’est très très simple : télécharger et utiliser Firefox au lieu de Chrome. C’est gratuit. Ça fonctionne aussi bien. Vous prendrez ainsi un peu plus soin de vos données privées. Et puis vous aurez fait un petit geste pour sauver le web libre à l’agonie avant qu’il ne soit trop tard. Ce sera pas faute d’avoir prévenu…

Visuel (c) Flickr/Johnathan Nightingale

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Par Christophe Payet
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