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C’est la crise chez Wikimedia

Le web est mort, et l’actualité nous le prouve chaque jour. Aujourd’hui je vais vous parler du web collaboratif, de Wikipedia, et de la crise que la fondation Wikimedia traverse en France. C’est un article sur Rue89 qui m’a alerté, et pas n’importe quel article puisqu’il est écrit par un insider, le journaliste Thierry Noisette, wikipédien et ex-membre de l’association Wikimedia France.  

La Fondation Wikimédia héberge notamment l’encyclopédie participative Wikipédia mais aussi d’autres projets comme la médiathèque Wikimedia Commons. En France, elle est représentée par une association, qui est indépendante, qui ne contrôle pas l’encyclopédie mais elle en est un soutien.

Une source d’information incomparable

C’est donc un pilier du web collaboratif. Si l’on en croit l’article Wikipedia sur Wikipedia (oui un peu comme taper Google dans Google, j’ai tapé Wikipédia dans Wikipédia, et ils sont très bien renseignés…). L’encyclopédie en version française comptabilise 2 400 000 utilisateurs, 1 700 000 articles et en moyenne 360 nouveaux articles rédigés chaque jour. À titre de comparaison, en anglais Wikipédia propose 5 millions d’articles. Je sais pas si vous réalisez à quel point l’encyclopédie collaborative a révolutionné l’accès à la connaissance. Son système de modération et surtout la possibilité de suivre précisément l’historique des modifications effectuées sur les articles, en fait une source d’information incomparable. 

L’encyclopédie en ligne a été lancée en 2001 et depuis elle a réussi a dépasser les critiques et les réserves. Elle a évolué en mettant en place des outils de contrôle et de fiabilité. Aujourd’hui les wikipédiens parviennent à lutter très efficacement contre le vandalisme dans les articles. En 2011, le site américain Wired signait même un article intitulé “Pourquoi Wikipedia est aussi important que les pyramides”. Le titre est éloquent. Une pétition a même proposé que Wikipédia devienne le premier site internet classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Mais malheureusement Wikimedia France traverse une crise majeure. Elle s’exprime sur Twitter à travers le hashtag WM-FR-gate, autrement dit le “scandale Wikimedia France”, rien que ça. Budgets divisés par deux, accusations de pouvoir autoritaire en interne et licenciements… tout ça vient noircir le tableau d’une association qui est censée œuvrer pour le bien commun. Première difficulté donc sur la gestion financière : le fond qui répartit les budgets attribués aux différentes antennes locales a divisé par deux en mai dernier le budget accordé à Wikimedia France. Ils leurs reprochent depuis plusieurs années une mauvaise gouvernance et une mauvaise gestion financières des projets menés. 

L’association est aussi accusée de népotisme par un certains nombre d’adhérents, et ça c’est sans doute le pire pour un projet horizontal comme Wikipedia. Ils dénoncent l’opacité dans le recrutement de certains cadres. L’article de Rue89 fait aussi écho d’accusations de harcèlement de la part de la directrice. C’est vrai qu’on peut s’étonner de la rotations assez fortes chez les stagiaires et salariés qui ont été nombreux à démissionner successivement. 

Uber management

Entre février et mai dernier, la moitié du conseil d’administration de Wikimedia France a démissionné. Sans aucune explication donnée aux adhérents. Ce n’est que début juillet qu’un des démissionnaires adresse un mail à l’ensemble des adhérents pour dénoncer “une culture du secret et une bunkerisation du CA et de la direction exactement aux antipodes des valeurs de partage et de communauté que nous prétendons promouvoir”. 

En représailles, plusieurs personnes sont carrément exclues de l’association parce qu’elles lui auraient nui avec des “propos diffamants”. L’affaire devient un délire total, c’est vraiment la guerre chez des utopistes qui oeuvrent pour l’universalité du savoir. La Wikimedia Foundation prend l’affaire au sérieux au niveau international. Depuis hier, une délégation de trois employés est en visite en France pour plusieurs jours pour effectuer un audit et trouver une sortie de crise. 

Alors cette dérive au sein de Wikimedia montre comment les organisations, même poursuivant un but utopique, peuvent faire les frais des intérêts personnels, de la quête de pouvoir… Tout un symbole qui au-delà de ce cas doit nous alerter sur un web collaboratif trop souvent perverti de ses idéaux. Soit parce que le terme, trompeur, recouvre en fait de nouveaux business modèles capitalistes. On connait les dérives d’Airbnb, d’Uber… où économie collaborative signifie en fait précarisation. 

Avec Wikipedia, ce n’est pas le cas, puisque c’est un projet a but non lucratif. On reste bien face à un projet collaboratif. Et dans le cas de Wikipedia, les dérives n’ont - pour l’instant - pas atteint le contenu ni nuit aux projets portés par l’association. Mais collaboratif et non-lucratif ne veut pas dire désintéressé. Il y a des luttes de pouvoir. Et pour le coup, les tendances autocratiques et les accusations de harcèlement peuvent rappeler les affaires qui ont éclatées au sein du management d’Uber. Alors espérons que les wikipédiens sauront sortir de cette crise, parce que oui, Wikipedia est sans doute l’une des plus belle chose que le web ait fait émerger et mérite de figurer au patrimoine mondial de l’Unesco. 

Web is dead
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Par Christophe Payet
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