Aller au contenu principal

Lettre à Élodie : l'écrivain Philippe Besson

L'écrivain Philippe Besson a su que nous projettions de passer la semaine à Los Angeles, il nous a écrit cette lettre. Lui y passe trois ou quatre mois par an depuis 2007.

 

Bonjour Elodie,

La première fois, c’était au début des années 2000, et comme beaucoup de touristes, je n’ai rien compris à Los Angeles. Un peu désarçonné par cette première rencontre, je n’avais pas prévu de deuxième rendez-vous. Et puis nous voici en 2007. Sarko, à mon grand désespoir, vient d’être élu ; je me sens à côté de mes pompes, avec une furieuse envie de partir. Dans une grande ville, ça je le sais, j’ai horreur de la campagne, mais laquelle ? Je parlais bien l’anglais, les Etats-Unis se sont vite imposés dans mon esprit. New-York était trop proche géographiquement, un peu trop dans l’esprit parisien. Et j’ai choisi Los Angeles. A 9000 kilomètres de Paris, à 9h de décalage horaire. Je suis arrivé et j’ai compris que j’avais fait le bon choix. Y vivre, ce n’est pas comme y passer trois jours en tant que touriste ; y vivre, c’est formidable.

Vous savez, Los Angeles, c’est plus de 300 jours de soleil par an ; il y a une atmosphère particulièrement cool, calme même. La ville est construite à l’horizontale, elle s’étend à l’infini, et il y a très peu de buildings - notamment à cause des risques sismiques. Et puis c’est une ville incroyable : d’un côté, vous pouvez vous retrouver sur une plage huppée vue dans 15 séries télé ; vous faites une demi-heure, trois quarts d’heure de voiture et vous vous retrouvez dans un autre quartier, où on vous met en garde contre les serpents à sonnettes.

Très vite, je ne me suis senti perturbé par rien. Je n’étais plus stressé, plus accaparé par x ou y mondanités. Pas non plus happé par le mouvement de la ville, ou sa culture, parce qu’il s’y passe peu de choses. D’ailleurs, parenthèse, mais à l’Opéra, il faut le vivre pour y croire, les gens répondent quand on les appelle au téléphone. Ce n’est pas une ville grouillante, Los Angeles. Autant à 17h le dimanche, les parcs sont bondés, les terrasses aussi, autant 5h plus tard, il n’y a plus personne.

Et c’est ce calme qui m’a inspiré, ces quatorze millions d’habitants comme autant de vies qui s’additionnent. Je me suis adapté à ce mode de vie, en tout point. Sauf pour une addiction des habitants de L.A : la salle de sport. J’ai horreur du sport, horreur de cette quête éternelle de la jeunesse, et les salles de sport, dans leur absolue solitude, ces lieux où 2000 personnes suent de concert sans se parler, casques sur les oreilles, j’ai l’impression de les regarder dans une usine. 

Los Angeles m’a pour l’instant inspiré deux romans : Un homme accidentel ET Une bonne raison de se tuer. Mais j’ai bien dû en écrire six autres dans les cafés de Los Angeles, ou sur ma terrasse. Depuis 2007, j’y retourne chaque année 3 ou 4 mois, généralement d’avril à juillet. Ca me fait un bien fou. Je ne suis pas non plus béa d’admiration devant eux, mais leur optimisme est contagieux : en France, on a toujours l’impression que c’était mieux hier ; eux ils vous diront toujours que ce sera mieux demain.

En espérant donc que ça ira encore mieux demain, je vous souhaite une très belle semaine à Los Angeles.

Philippe Besson

Lettre à Élodie
Emissions

Lettre à Élodie

par Élodie Font
Lundi-vendredi entre 13h et 18H

La dernière lettre : François, 31 ans, voir avec les oreilles

La dernière lettre : François, 31 ans, voir avec les oreilles

Sandra, 26 ans, et les voyages

Sandra, 26 ans, et les voyages

Lucas, 21 ans : retour aux racines, en Amérique latine

Lucas, 21 ans : retour aux racines, en Amérique latine