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Sous les lunettes de Théodore Poussin

De retour en librairies via son héros myope et vertueux, le dessinateur Frank Le Gall convoque à la barre ses maîtres : Stevenson, Dickens ou Steinbeck, lors d’une interview au long cours.

Le dernier voyage de l'Amok

Il réapparaît barbu, en guenilles, une pinte de bière fraîche à demi entamée sous le nez, au beau milieu d’un bar enfumé, bondé, « un mastroquet de seconde zone » de Singapour en 1934. Théodore Poussin, le héros légendaire et myope de Frank Le Gall est de retour en librairies ! Depuis son départ de Dunkerque dans l’inaugural Capitaine Steene (en 1984, dans les pages du journal Spirou), Théodore bourlingue à la recherche de lui-même, à la croisée de rajah blanc et de mangeur d’archipels, errant dans une Asie mythique et indocile tel un matelot inquiet échappé d’un roman de Conrad. « Dix-huit centaines d’îles. Dont quatre seulement sont habitées. Voici l’une d’elles. Elle est des plus modestes, de peu d’intérêt, et ignorée des routes maritimes. » C’est pourtant cette île à la noix – de coco – que Poussin va tenter de reconquérir à tout prix lors de cette treizième aventure, sanglante, Le Dernier voyage de l’Amok (éditions Dupuis), qui demanda deux à trois ans de travail à son auteur. Cela se voit et s’apprécie : cadres, silhouettes, découpage, paysages et dialogues sont d’une précision de bosco qui en a long sous la casquette.

Franck Le Gall

Récompensé à deux reprises au festival d’Angoulême (prix du meilleur album en 1989, prix du public en 1993), Frank Le Gall, 58 ans, a toujours eu pour « cheval de bataille » de « faire entrer la littérature dans la bande dessinée ». Sur le pont de notre humble jonque radiophonique, il éclaire le foisonnement romanesque à l’œuvre dans sa saga maritime et convoque à la barre ses maîtres, Dickens, Mark Twain, Steinbeck ou Robert Benchley, sans oublier de nous lire à voix haute un extrait du roman Voyage de Sterling Hayden (1976), ni de nous donner des pistes à propos du prochain épisode… semi-fantastique. « L’avantage d’une série qui avance dans le temps, c’est que je vieillis avec mon personnage. Il se nourrit de mes expériences. »

Franck Le Gall

Une émission conçue et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut.

Vidéo : Clémentine Spiler 

Cet entretien s’appuie sur ceux menés par José-Louis Bocquet et Philippe Ghielmetti dans Les Cahiers Théodore Poussin, également disponibles aux éditions Dupuis.

 

 

Nova Book Box
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par Richard GAITET
Lundi-Jeudi 21H00-22H00

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