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Que le printemps crève, avec « Jérôme »

Quarante ans après son échec quasi-complet, réédition du roman noir malade de Jean-Pierre Martinet, aussi puissant et désespéré que le « Blast » de Manu Larcenet.

Jérôme

Il disait que ses personnages « sont presque toujours au bord de la paranoïa et finissent par avoir peur de tout, même de leur ombre », que « l’humiliation et les déserts de l’amour » sont ses thèmes de prédilection. Il aimait citer le poète russe Alexandre Blok, sur lequel se termine son premier roman La Somnolence (1975) : « Monde atroce, torturant, trop étroit pour mon cœur, baraque de foire, lieu de honte. » « Tranquillement assis sur son tas de fumier », disait-il de lui-même, l’écrivain français Jean-Pierre Martinet (1944-1993), que Libé désigna que le « Dostoïevski des bords de la Dordorgne », mort alcoolique et hémiplégique chez sa mère à 49 ans, a vu l’année dernière son chef-d’œuvre, le tristement drôle et inquiétant Jérôme, réédité chez Finitude – quarante ans après son échec quasi-complet en 1978. 

« Il se sentait perpétuellement traqué. Il aimait le vent, les bourrasques, la pluie, la neige, le froid, les hauts de Hurlevent, prétextes à garder la chambre, à rêvasser, à bouquiner (…) Il était persuadé qu’une malédiction détermine la vie des hommes et que, quoi qu’ils fassent, leur sort est scellé d’avance. Un père professeur d’espagnol trop tôt disparu, un frère et une sœur déficients, une compagne que l’alcool avait engloutie, Jean-Pierre Martinet se considérait comme inapte au bonheur », note Alfred Eibel en préface de ce « livre-naufrage » en forme de soliloque, sur près de cinq cents pages, d’un obèse détraqué nommé Jérôme Bauche (« allusion aux scènes de corps enchevêtrés, grimaçants et hautement fantaisistes du peintre Jérôme Bosch »), amoureux embarrassant d’une très jeune femme qui l’obsède, toujours à la charge de sa « mamane » à quarante-deux berges et cent-cinquante kilos, dans un Paris qui ressemble à un faubourg poisseux de Saint-Pétersbourg.

Aussi puissant et désespéré que le Blast de Manu Larcenet, « Jérôme » sera l’antihéros des cinq lectures de ce soir, tirées d’un roman qui commence presque par cette phrase de saison : « Que le printemps crève. »

Jérôme

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Lucile Aussel. Programmation musicale : Michael Liot. Le pré-générique de l’émission provient de la bande-annonce du film de Nils Warolin, Le noir roman de Jean-Pierre Martinet, coproduit par Bip TV et Sancho & Cie.

Image : Blast de Manu Larcenet. Éditions Dargaud. Tous droits réservés.

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