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Fièvre jaune, colère noire

Penser puis choisir l’anarchisme, la violence ou la non-violence avec Louise Michel, les Pink Blocs ou Peter Gelderloos.

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« Il a suffi d’une taxation de trop pour que le sentiment de ne pas compter, de n’être rien, explose. Je vois dans le mouvement des gilets jaunes une insurrection contre un pouvoir qui méprise, un gouvernement qui ignore la vie des gens », a déclaré Annie Ernaux dans Libé. À 78 ans, l’écrivaine  estime que ce sentiment « tient à la personnalité d’Emmanuel Macron », « sa déconnexion du réel et cet inconscient de classe qui refait surface malgré lui, même s’il a beau être fort en communication ». « Depuis le 1er décembre, il impose orgueilleusement l’attente de son Verbe. Rester le maître des horloges, quelle phrase, quelle notion outrecuidante. Pourquoi ne s’est-il pas exprimé avant le dernier samedi de mobilisation ? N’est-il pas, en ce sens, comptable aussi des violences à Paris ? Il attise la colère. »

« Je ne partage pas toutes les idées des gilets jaunes, tant s’en faut, et, au début, des propos et des incidents racistes m’ont fait craindre le pire, je peux comprendre que dans un premier temps beaucoup d’écrivains aient pu être rebutés, poursuit l’autrice de La Place, des Années et de Mémoire de fille. « Mais maintenant ? Cela ouvre un abîme de réflexion sur les rapports réels et imaginaires entre les intellectuels et le reste de la population. »

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En cela, Ernaux rejoint son jeune confrère Edouard Louis, l’auteur d’En finir avec Eddy Bellegueule qui souligne que « le mouvement des gilets jaunes est encore à construire, son langage n'est pas encore fixé : s'il existe de l'homophobie ou du racisme parmi les gilets jaunes, c'est notre responsabilité de transformer ce langage. (...) C'est un moment de subversion du langage, un moment où les vieux langages peuvent vaciller. »

black blocs book box

Pour nourrir le feu de cette vacillation, seront lus ce soir des extraits d’un roman inédit de Louise Michel, La Chasse aux loups (1891), réédité parmi les « classiques jaunes » (!) de Gallimard ; des bouts du bois du Camp des autres de Thomas Vinau (Alma Editeur, 2017), riche de ces bohémiens qui, au début du vingtième siècle, ne « renoncent jamais à refuser » face aux « bonimenteurs des banques et des parlements » ; une scène de manif’ du roman Blacks Blocs d’Elsa Marpeau (publié dans la Série Noire, 2012) traversée de Pink Blocs et de White Blocs, festifs ou ouvertement non-violents. Et nous terminerons avec l’essai intitulé Comment la non-violence protège l’État du philosophe anarchiste américain Peter Gelderloos (2007, traduit cette année aux éditions Libre), qui s’interroge sur « l’inefficacité des mouvement sociaux » quand ceux-ci se réclament du pacifisme. Fièvre jaune, colère noire.

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Juste Bruyat. Programmation musicale : Michael Liot.

Visuel © DR

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par Richard GAITET
Lundi-Jeudi 21H00-22H00

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