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« Depuis le cœur même du chagrin »

Éternel retour sur l’urgence écologique mondiale, avec les textes de Timothy Morton, du mouvement Deep Green Resistance et une fable sur la protection des océans lue par des enfants.

Nova Book Box

« Qu’est-ce que la conscience écologique ? Comment faire redémarrer le vaisseau Terre avec les pièces que nous avons à disposition ? Comment aller de l’avant et s’éloigner de la mélancolie d’une planète empoisonnée ? Le film Wall-E (Andrew Stanton, 2008) s’ouvre, dans un futur éloigné de sept cents ans, sur la scène déprimante d’un petit robot qui compresse les ordures et empile des tours de détritus, hautes comme des gratte-ciels, laissés par les humains. Il y a quelque chose qui cloche dans son logiciel, quelque chose qui se manifeste par une obsession de la collecte. On dirait qu’il recherche un indice d’humanité. Wall-E démontre joyeusement que le logiciel « cassé », le désordre mental du petit robot, est le code viral qui réinitialise la Terre. Mais son obsession compulsive, qui ressemble tant à une manifestation de chagrin (pour nous, spectateurs d’une ruine future), ne reflète-t-elle pas exactement notre situation présente? Comment commencer ? Et à partir de là, où aller ? Est-ce l’appel depuis le cœur même du chagrin – l’écho de la pensée écologique ? »

Dans son essai La Pensée écologique (2010, traduit cet hiver aux éditions Zulma), le philosophie anglais Timothy Morton traduit bien le sentiment qui nous accable depuis l’inertie séculaire des gouvernements vis-à-vis du péril environnemental mondial : le chagrin. C’est comme s’il avait fallu attendre qu’une « providentielle » adolescente suédoise de seize ans, Greta Thunberg, surgisse dans l’espace médiatique avec sa volonté farouche d’interpeller les élites sur le génocide en cours et, à sa suite, que des lycéens défilent toutes les semaines partout en Europe pour qu’on commence, enfin, à envisager de nouveaux modèles civilisationnels, à envisager d’interdire le recours systématique au plastique ou que des citoyens s’organisent pour nettoyer les plages, les forêts, les villes.

Deep Green Resistance

Bien sûr, cela fait des décennies que des associations de militants écolos se battent pour éviter le pire, comme la Surfrider Foundation Europe, qui vient d'édite' et de graver un livre en bois, La Petite île qui n’en avait plus pour longtemps, fable écrite par la Française Céline Lescure pour sensibiliser les 5-10 ans à la protection des océans (pour tous renseignements, c'est par ici), qui sera lue ce soir par deux enfants, Arthur et Chiara.

Sera ensuite évoqué le premier tome du recueil-manifeste du mouvement Deep Green Resistance, signé Derrick Jensen, Lierre Keith et Aric McBay (2018, traduit aux éditions Libre), qui s’interrogent sur la nature « irrécupérable » de notre système – et le champ d’actions à mettre en œuvre afin de « démanteler la civilisation industrielle ». Avant que tout ceci ne ressemble définitivement aux cathédrales d’immondices dessinées dans Wall-E

Nova Book Box

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut avec l’aide d’Adèle Caglar. Programmation musicale : Michael Liot. Photo : Massinissa Naït Mouloud. Vidéo : Morane Aubert.

Image : Wall-E, réalisé par Andrew Stanton, 2008.

Nova Book Box
Emissions

Nova Book Box

par Richard GAITET
Lundi-Jeudi 21H00-22H00

Dans les archives de la Book Box (51)

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