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Denis Lavant : « Cultiver un comportement poétique au quotidien » (2/2)

Clown en carafe suspendu au verbe de Henry Miller, le comédien passe en revue les piliers de sa bibliothèque : Beckett, Rimbaud, Victor Hugo ou Jean-Pierre Martinet. Tous sur le Pont-Neuf !

La démarche est caoutchouc, façon Charlot. Centrale nucléaire d’énergie pure, l’homme arrive à la radio comme paré pour une longue marche de nuit, œil joueur qui voit tout, voix éraillée, rire aigu contagieux, des bouquins qui débordent de son long manteau, capable à tout moment de sortir de sa poche un sifflet de nez pour jouer de sa trompette avec le pif, quand il ne se renverse pas de lui-même sur la banquette du studio en se tenant les côtes, veillant à ne pas perdre au passage son double couvre-chef – bonnet noir et galure usé de clochard céleste, qu’il porte en simultané. 

Denis Lavant

Jusqu’au 14 avril, Denis Lavant, 57 ans, tourneboule sous les projecteurs du théâtre du Lucernaire, à Paris, avec un spectacle solo, Le Sourire au pied de l’échelle, mis en scène par Bénédicte Nécaille. Publié en 1948 par l’Américain Henry Miller, le texte sonde les errances métaphysiques d’un clown un peu épuisé, fragile. Miller disait : « Le clown, c'est le poète en action. Il est l'histoire qu'il joue. Le clown exerce sur moi un profond attrait, parce qu'entre le monde et lui se dresse le rire. Son rire n'a jamais rien d'homérique. C'est un rire silencieux sans gaieté comme on dit. Le clown nous apprend à rire de nous-mêmes. Et ce rire-là est enfanté par les larmes. Sans conteste, c'est l'histoire la plus étrange que j'aie écrite à ce jour. »

Quoi de plus logique alors, pour incarner ce saltimbanque en carafe à la fois tendre et tonitruant, que de faire appel au comédien fétiche de Léos Carax (de Boy meets girl à Holy Motors), qui fut également un vociférant Louis-Ferdinand Céline pour Emmanuel Bourdieu, ou un épique Capitaine Achab d’après Melville pour Philippe Ramos, à l’affiche dès aujourd’hui du film Les Grands Squelettes du même réalisateur ? On se lève pour Lavant, volcan qui entend « cultiver un comportement poétique au quotidien ». 

beckett

Alors qu’il s’apprête à reprendre le crépusculaire Cap au pire de Samuel Beckett du 16 au 20 avril au Théâtre de l’Athénée à Paris, Denis est de nouveau devant nous, après déjà une heure de conversation hier soir dans cette même émission, pour la suite et la fin de cet entretien-fleuve sur ses écrivains favoris, quelques mois avant de publier, lui-même, en octobre, un recueil d’entretiens sur son son travail qui s’appellerait Précipités – acteurs studieux, actors idiots (titre provisoire). Tous sur le Pont-Neuf !

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut avec l’aide d’Adèle Caglar et d’Emmanuel Baux. Programmation musicale : Michael Liot. Vidéo et photo de l’enregistrement : Adèle Caglar. Remerciements à l’hôtel Maison Montmartre pour leur accueil. La première partie de notre entretien avec Denis Lavant, c'est ici.

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Lundi-Jeudi 21H00-22H00

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