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Christophe Siébert : « Apte à raconter le cauchemar contemporain »

Chantre d’un gore vital à la limite de l’insoutenable, témoin radical du désespoir des classes populaires, ce romancier « d’horreur sociale » explore la psyché d’un tueur en série dans « Métaphysique de la viande ».

« J’avais des pensées mystiques. Certaines nuits je contemplais ma mère endormie. Je humais son haleine lourde, je flairais ses pieds et son sexe qu’enveloppaient les collants qu’elle avait oublié d’ôter. Des fois j’avais un couteau à la main. Je restais longtemps comme ça, brandissant le couteau pris à la cuisine, à méditer sur sa vulnérabilité. » 

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Où sont les limites ? Quel est le roman le plus durque vous avez lu ces dernières années ? Celui qui sonde jusqu’à l’ignoble les abysses de l’âme et qui ferait le portrait vraisemblable d’un monstre de fiction ? Pour le savoir, se plonger dans Nuit noire (2011), premier des deux romans de Christophe Siébert republiés par les éditions Au Diable Vauvert sous ce titre carnassier : Métaphysique de la viande. C’est un carnage, page après page. Une petite expérience des limites. La description méticuleuse, trauma par trauma, meurtre après meurtre, de l’esprit d’un tueur en série, de son enfance abusée à la pleine maturité de son « désir de pureté », de ses tortures savamment planifiées à d’incestueuses pulsions nécrophiliques. La peinture froide de « … Cet enfer terne et troué de temps en temps par un plaisir si puissant qu’endurer le reste valait le coup. Vivre m’était interdit. Je mangerais, dormirais, chierais, trouverais du fric et attendrais de redevenir moi-même. J’attendais les démons. Ils reviendraient m’apporter le bonheur. En leur compagnie j’irais bien. ». 

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« Prolo de la littérature depuis 2007 », rejeton déclassé du Marquis de Sade, élève doué des épouvantables leçons de Stephen King, cet écrivain-performer de 45 ans basé à Clermont-Ferrand, auteur prolifique de nouvelles implacables (rassemblées par exemple dans le recueil Porcherie*), de romans pornos ou « d’horreur sociale », est un témoin précieux et radical du désespoir des classes populaires. Chantre d’un gore vital, remarqué par Philippe Jaenada ou Virginie Despentes, Christophe Siébert s’explique ce soir sur les fondations de cette littérature « pour public averti », « apte à raconter le cauchemar contemporain » et les « zones de la société ou du psychisme que les lecteurs méconnaissent ».

Rire ou vomir, ne pas choisir et continuer à lire. 

Une émission imaginée et animée par Richard Gaitet, réalisée par Juste Bruyat.

Stephen King - Un élève doué

Visuel en Une © Philippe Matsas.

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