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Chez soi, Chantal Akerman

Jérôme Momcilovic signe un essai brillant et touchant sur la réalisatrice belge de « Jeanne Dielman », qui adapta Proust et Conrad. Neige sur l’âme.

chantal akerman

J’aimerais pouvoir remonter le temps et tenter de dissuader Chantal Akerman d’en finir, mais je ne sais pas comment. La cinéaste belge s’est suicidée le 5 octobre 2015, au terme d’une longue dépression. Elle vivait à cinquante pas de chez moi, je ne l’avais jamais ni rencontrée ni croisée, ni même songé à l’interviewer. Dans la rue en question figure toujours, au bon numéro, ces trois lettres : Ch. A. Et quand je passe devant l’interphone fatigué, à chaque fois, je pense à elle ainsi qu’à Jeanne Dielman (1975), à l’éternité sordide et sans bruit de cette cuisine au 23 quai du commerce de Bruxelles, aux patates à éplucher, au café, aux escalopes, à ces lettres auxquelles on ne répond pas, au jeu tragique de Delphine Seyrig, à travail du temps, à l’ennui métaphysique des femmes au foyer, à l’homme qui sonne, au chiffon sale et à l’argent dans la soupière, à ces trois heures et dix-neuf minutes de plaidoyer féministe en faveur de cette veuve qui élève seule un ado proto-houellebecquien qui lit à table comme le faisait son père.

Et j’y pense encore, plus que jamais, en lisant Chantal Akerman Dieu se reposa, mais pas nous (éditions Capricci), bref essai signé du critique Jérôme Momcilovic, directeur des pages cinéma du magazine Chronic’Art, qui analyse et traverse avec délicatesse, par fragments, la filmographie de celle qui adapta aussi bien Proust (La Captive) que Conrad (La Folie Almayer). J’y pense et j’ai envie de rester chez moi, bloqué par la neige. À lire Les Héroïnes de cinéma sont plus courageuses que moi de Guillaume Guéraud (éditions du Rouergue), galerie de portraits de femmes réelles ou fictives loin des clichés imposés par la domination masculine. À lire les Notes sur Indiana Jones en aventurier de l’esprit de Pierre Pigot, qui se propose d’offrir un exemplaire numérique du livre aux auditeurs qui en feront la demande sans bouger de leur canapé. À lire, enfin, l’hilarante et lucide attaque contre les programmes-courts-d’avant-le-JT, si souvent domestiques, formulée dans le livre 2 du Dossier M  de Grégoire Bouillier (éditions Flammarion). Restez chez vous, écoutez-nous.

Une émission conçue et animée par Richard Gaitet, réalisée par Sulivan Clabaut. Programmation musicale : Michael Liot & Guillaume Girault.

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par Richard GAITET
Lundi-Jeudi 21H00-22H00

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