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Dans le Jargon : « QLF »

Toutes les semaines, dans BAM BAM, on vous explique ces expressions que l’on entend toujours sans jamais les comprendre.

Chaque semaine on sort les dicos, les stylos et on analyse des termes d’argot. Aujourd’hui, ce n’est pas un style spécifique mais plutôt une façon de jargonner. En effet, aujourd’hui, on n’a pas le temps, on abrège. On parle des abréviations, des sigles, des acronymes dans le langage populaire, dans le rap notamment. Le B.A.BA quoi. Forcément, en 2019, quand on parle de sigles dans la musique, on ne peut pas ne pas penser à PNL et à ces trois lettres qui les ont rendu célèbres : QLF, « Que La Famille ».

C’est une marque déposée depuis 2016, avant cela ça a été, pendant un temps au moins, un moyen pour le groupe de fédérer ses fans autour de leur culture un peu secrète. Au début, seuls les initiés étaient QLF et savaient ce que ça veut dire. Forcément, on pense aussi à Vald et à son NQNT bien cryptique et qui signifie simplement « Ni Queue Ni Tête ». Et puis, plus léger et extrêmement répandu depuis, le OKLM de Booba.

C’est un peu une autre manière d’utiliser les initiales, plus phonétique, mais ça fait le même effet. A la base, les sigles servent à identifier des rappeurs et à créer autour d’eux une communauté de fans, d’initiés, qui connaissent la réalité derrière l’argot. Il n’y a, bien entendu, pas que dans le rap qu’on se sert des sigles. R.A.T.P, R.E.R, R.S.A, U.S.A, P.D.G, R.T.T… Le français est une langue qui aime les acronymes. Certains, comme ceux-là, font partie de la vie quotidienne même si on ne sait pas toujours ce qu’ils veulent dire. R.A.T.P, par exemple, c’est « Régie Autonome des Transports Parisien ». Les sigles cachent aussi une certaine réalité, tout le monde ne fait pas face, dans son quotidien, aux mêmes préoccupations. Tout le monde ne prend par le R.E.R, tout le monde ne pointe pas à l’A.N.P.E., tout le monde ne se confronte pas au C.R.S. Quand on regarde l’histoire du rap, les acronymes ont aussi servi à dénoncer des inégalités sociales. Comme le rappeur du Havre Tiers Monde le rappelle dans son titre « J’annonce la douleur ».

R.M.I, C.R.S, O.C.B, T.G.I, C.D.D - A.N.P.E, P.E.P, C.A.P, H.L.M, I.V.G - A.D.N., H.I.V, N.T.M V.I.P. Ceux qui savent, savent, en tant pis pour les autres, c’est qu’ils ne sont pas du même monde. De la même manière, Le Bavar, membre de la Rumeur, rappelle le poids de certaines lettres dans son morceau « Tellement à Faire ». 

Les mots qu’on entend au quotidien, qu’on prononce à l’oral, entrent dans le langage des rappeurs et deviennent ainsi assez poétiques. Certains détournent même le principe même de l’anagramme. C’est Booba, dans son « Jour de Paye » qui, pour créer une nouvelle rime, découpe les syllabes, se paie des paronomases, créant le rythme en décomposant l’enchaînement des lettres. Ecoutez un peu, ce n’est pas rien. 

« J’ai P-E-R-cé, saigné le RER C / Dieu merci la street m'a re-M-E-R-cié »

On peut dire ce qu’on veut, il y a quand même là une certaine audace et un détournement même des mots. Voilà, on aurait pu parler de tous ces artistes à la NTM, IAM, PNL, PLK, KDD, SCH, MHD dont même les noms sont des acronymes. Pour conclure, on écoute un monument qui sonne comme un hommage à l’oeuvre LHOQQ de Marcel Duchamp. C’est le morceau de MC Solaar, avec MNLK et les Sages Po : imprononçable mais génial : L’ennemi a cessé d’acheter ses cassettes de capes et d’épées. 

Si vous voulez tout savoir de cette figure de style, d’un mot qui n’a de sens que si les lettres sont prononcées à la suite, c’est un allographe. Si le sujet vous intéresse, il y a un linguiste, Valéry Debov, qui a écrit plusieurs ouvrages passionnants sur le sujet , notamment un livre bien nommé Rimes de rap français, publié à l’Harmattan. Indispensable pour cette chronique. 

Dans le Jargon, tous les mercredis dans BAM BAM, le Bureau des Affaires Musicales de Radio Nova, animé par Sophie Marchand et Jean Morel et réalisé par Malo Williams, du lundi au vendredi sur Nova.

Visuel : (c) Nova

Dans le Jargon
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Dans le Jargon

par Sophie Marchand & Jean Morel

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