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Cargo de Nuit : épisode 3

Chaque jour, Thierry Paret vous raconte son expédition dans l’Atlantique, embarqué à bord d’un cargo.

La Liberty Bridge. C’est ainsi que l’on nomme la ligne empruntée par les cargos qui relie l’Europe à la côte est des États-Unis. Une véritable autoroute de la marine marchande, une ligne droite qui passe au sud des glaces de Terre-Neuve. Parmi les nombreux cargos qui empruntent cette ligne, il y a La Traviata, porte-conteneurs de la compagnie française CMA CGM sur lequel notre journaliste Thierry Paret a eu l’occasion de vivre durant une semaine entre Le Havre et New York. C’est Cargo de Nuit.

Cargo de Nuit : épisode 3

Il y a six heures de décalage horaire entre la France et la côte est des États-Unis. Ce qui en avion, est soudain et brutal, devient beaucoup plus simple à gérer en cargo où le décalage horaire peut être lissé sur huit jours, le temps de la traversée. Concrètement, on retarde presque chaque nuit notre réveil d’une heure, jusqu’à obtenir le décalage souhaité. Évidemment, ce que l’on gagne à l’aller est perdu au retour de la même manière. Du coup, ce qui est tout à fait acceptable pour les passagers lambdas le temps d’une traversée, devient un peu plus compliqué pour les membres d’équipage qui sont en décalage horaire quasiment tous les jours, le temps de la rotation (trente-cinq jours). Et comme certains réalisent plusieurs rotations, l’organisme finit par être mis à rude épreuve.

Le poste de pilotage

Cargo de Nuit : épisode 3

Les trente-et-un membres d’équipage de La Traviata ont des horaires particuliers. Car évidemment, un cargo ne s’arrête pas. La plupart d’entre eux travaille en salle des machines, et surtout sur le pont, pour entretenir le navire, car l’eau de mer bouffe tout. Ils repeignent, ils nettoient sans cesse. Le poste de pilotage est en quelque sorte le QG de l’ensemble. Il faut toujours au moins un officier au poste de pilotage, de jour comme de nuit. Le poste de pilotage est très impressionnant. D’abord, on est très haut, à une trentaine de mètres au-dessus du niveau de la mer. On domine donc le bateau, notamment les conteneurs. Par ailleurs, c’est un endroit très silencieux, très calme, avec une multitude de petits bruits d’électronique, de personnes qui parlent au talkie-walkie et autres alarmes. Avec aussi le bruit sourd de la ventilation qui ronronne gentiment. La nuit, le poste de pilotage devient carrément surréaliste, et l’officier qui en a la charge doit faire preuve de beaucoup de concentration car il travaille dans le noir quasi complet pour pouvoir observer l’horizon. Lorsque le temps est dégagé, tout va bien, on profite de la Lune éclairée par le Soleil. Mais si c’est couvert…

La sécurité avant tout

Rien n’est laissé au hasard en la matière. Il y a des exercices de sécurité tout au long de la traversée. Par exemple, le jour précédant notre arrivée à New York, l’équipage a simulé une arrivée en pleine mer, y compris en activant les moteurs arrière pour être sûr que tout fonctionne bien. Chaque membre d’équipage et passager dispose dans sa cabine d’un gros sac rouge, une sorte de kit de sauvetage avec une combinaison de survie à l’intérieur.

Nous avons obligation de porter un casque pour arpenter le pont du bateau, où les membres d’équipage travaillent. Le pont aussi est un endroit étrange. Il permet de faire tout le tour du navire à cinq mètres du niveau de la mer, environ. Ça ressemble à une coursive, avec d’un côté des conteneurs, de l’autre la mer à perte de vue, et au-dessus de nouveau des conteneurs. C’est étroit, humide, glissant, et une simple rambarde ou garde-corps nous sépare de l’eau. Ça n’arrive évidemment pas mais il est très facile de basculer. Un cargo met un mile pour s’arrêter soit 1852 mètres. Une distance que l’on peut réduire en pleine mer car le bateau en s’arrêtant peut aussi tourner.

Les urgences, s'il vous plait

Il y a peu - si ce n'est pas - d’incidents sur un cargo mais évidemment ça peut arriver. Entre Le Havre et New York, pile au milieu et donc loin de tout, personne ne peut venir nous aider. En cas d’accident, on ne peut compter que sur nous-mêmes. Les officiers ont des notions de médecine et peuvent donc gérer les petits bobos, mais en cas de rage de dents par exemple ou d’appendicite, c’est beaucoup plus compliqué. Pour les blessures plus graves, il faut savoir que les cargos disposent d’un hôpital ! Il s’agit en fait d’une chambre adaptée, dont le lit peut se transformer en table d’opération. Comment opérer avec de simples notions de médecine ? C’est très simple, les cargos disposent d’une cellule qui leur est dédiée à l’hôpital de Toulouse avec un système de visioconférence pour pouvoir opérer à distance avec l’aide d’une ou d’un chirurgien. Mais bon, on n’est pas malade…

Quatrième épisode de Cargo de Nuit, demain dans la Matinale d’Armel Hemme.

Mille mercis à l'agence Mer et Voyages qui m'a permis de réaliser ce voyage hors du temps, et qui accompagne chaque voyageur qui le souhaite à voyager différemment.

Visuels : (c) Thierry Paret

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