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Le congélo de Mathilde

Le congélo de Mathilde

Ce qu’on aimerait bien voir hiberner en 2013

Par Mathilde Serrell & Camille Diao

Best of de l’année qui se termine, bêtisiers, bilans, rétrospectives et autres bonnes résolutions : en ce dernier jour de 2012, vous n’en pouvez plus, c’est l’overdose.

Ca tombe bien : ce matin même dans sa matinale hibernale, Mathilde vous proposait une alternative. Une petite liste aléatoire de tout ce qu’il faudrait congeler en 2013 : ces trucs, ces choses, ces machins mais aussi ces gens, ces idées dont on ne veut plus entendre parler, au moins l’espace d’un an.

Freeze ! Petite florilège random de ce qu’on met au congélo, by Mathilde Serrell.

Des mots au freezer

Il y a les expressions qu’on va tout simplement jeter : de « y’a pas photo » à « c’est clair » en passant par « au jour d’aujourd’hui ».

Et puis il y a celles qu’il vaudrait mieux congeler, parce qu’elles retrouveront dans quelques années un charme désuet – comme lorsque l’on sort aujourd’hui un « c’est bat » ou un « chouettos ».

Par exemple, « faire le buzz » sera crypto cool en 2030, et de même pour la série des « en mode » – en  mode relou, en mode sympa, en mode taff, en mode tize. Mais en attendant, on congèle ! Idem pour le « temps de cerveau disponible », so cathodique et 20e siècle ; et pour le « multi-tasking » qui de particularité notable du comportement est devenu constante.

En revanche, à garder bien au chaud en 2013 : le « net-art », les « loleries », ainsi que « cyber » et même « web », qui ont l’avantage d’être flous et d’englober les multiples avatars d’une réalité ultra-excitante, celle de cette révolution qui succède au papyrus et à l’imprimerie : j’ai nommé les Internets !

La testostérone

Ou en tout cas l’idée que l’on s’en fait. Soi-disant que la testostérone, c’est la virilité, c’est un truc de guerriers, le truc des mecs qui en ont dans les balloches. La testostérone, c’est la masculinité faite hormone.

Sauf que le magazine Causette nous démontre le contraire dans son dernier numéro. Le spécialiste des sciences (et un peu du sexe aussi) Antonio Fischetti y relaye l’étude d’une équipe de chercheurs de l’Université de Zurich, qui montre que la testostérone n’a pas tous les pouvoirs qu’on lui prête sur le comportement.

Les chercheurs ont administré de la testostérone à des keums et à des meufs puis les ont faits jouer à un jeu de transactions financières, propice à l’agressivité dite masculine. Sauf que la moitié d’entre eux n’ont reçu qu’un simple placebo. Et il s’est révélé que les plus agressifs au jeu ont été les hommes et femmes ayant reçu une fausse dose !

Oui, ça se passe plutôt dans la tête que dans la culotte. « Il ne suffit pas d’émasculer un sérial violeur pour en faire un moine bouddhiste, ni d’injecter des shoots de testo à une carmélite pour en faire une dominatrice nymphomane » conclut Antonio Fischetti.

Alors les clichés sur la testostérone, on les met au congélateur pour 2013 (au moins).

La collection Booba de la monnaie de paris

« Ici on frappe la monnaie et les esprits », disent-ils sur le site de la Monnaie de Paris. On produit des euros, des pièces et des billets mais aussi des collections spéciales... En octobre de cette année, la médaille Booba est arrivée !

Ouais ouais, des pièces de la Monnaie de Paris frappées à l’effigie du rappeur dans le cadre du projet All-In réalisé par le plasticien Mohamed Bourouissa. Les médailles et les jetons reprennent les armoiries de Booba sur son dernier album Futur : « deux lions assis de profil se tournent le dos et supportent deux armes à feu : à l’idée de force, de bravoure et de noblesse induite par la figure du lion, s’ajoute celle du danger ».

Trop la classe. Et ça coûte 250 euros. Le Duc de Boulbi (comprenez de Boulogne Billancourt, enfin aujourd’hui de Miami), l’empereur du gangsta rap français, on l’aime bien mais c’est quand même quelqu’un qui dit « pute », « chienne » ou « chatte » une bonne centaine de fois par album... Et qui a déclaré dans une ITW récente que « la femme idéale est une femme qui n’a pas d’ambition, fait bien à manger, est un minimum intelligente et a des formes ».

Est-ce que la Monnaie de Paris, une « institution au service de la Nation, élément fédérateur de sa culture » devait vraiment faire cet honneur à Booba ? Réponse : on oublie, on congèle, on en reparle plus en 2013. Quelle bande de punks quand même, ces frappeurs de pièces.

La course au buzz

Pendant un an au moins, on pourrait congeler ce syndrome du « c’est moi qui l’ai dit avant », cette course absurde à la primauté de l’information qui n’a plus aucun sens quand elle se joue à l’heure voire à la minute près. Le in et le out, la pré-hype et le retour de buzz. Bref, et si on s’en foutait pour un an ?

Et si en 2013, ce qui comptait n’était pas de savoir avant, mais ce que l’on sait, ce que l’on en pense. Flaubert l’a très bien dit : la bêtise, c’est d’être le perroquet. Et même un perroquet qui répète une info avant les autres, reste un perroquet.

Et sinon

 Dans d’autres petits recoins du congélo de Mathilde, on pourra trouver, tout congelé au milieu des plats Picard :

- Les théories du complot – on s’offre un an de break conspirationniste

- La guerre (quoique la guerre froide c’est pas cool)

- Le réchauffement climatique – la congélation, solution ingénieuse pour le mettre en stand-by, isn’t it ?

- La fin du monde, congelée à l’unanimité

Et qu’en pense l’open space ?

Mathilde a posé la question à la rédaction fantôme de fin d’année de Nova : qu’est-ce que vous aimeriez bien congeler, ou au moins mettre sur pause l’espace d’un an ?

Giulio Callegari : l’UMP et l’Afrique (merci de ne pas nous foutre les boules pendant un an, le Nord Kivu ça va bien 5 minutes)

Marie Misset : On se passerait bien des unes de l’Express et du Point sur Hollande et les Franc-Maçons.

Rémy Kolpa Kopoul : Quelques spermatozoïdes, évidemment ça peut toujours servir "au cas-où et au cas où il m'en reste !"

Jean Rouzaud : J’hésite entre mon sexe et mon cerveau.

Thomas Schlesser : Je congèlerais bien la sudation, dans un esprit très stalactite.

Diane Soleil : Les déprimés, qu’on saura enfin apprécier ensuite, au bout d’un an

Sur ces sages paroles réfrigérées, on vous laisse réfléchir à la manière dont vous remplirez vous-mêmes votre congélateur en 2013.