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Proust et la fin du monde

Ou comment le cataclysme peut rendre la vie délicieuse

Par Thomas Schlesser

Texte rarissime, exhumé par les rats de bibliothèque de Nova : un fucking splendide manifeste hédoniste du titanesque Marcel Proust. Il signe cette merveille en 1922, quelques semaines avant sa mort, alors qu’un journal baptisé L’Intransigeant imagine qu’un savant américain annonce la fin du monde et lui demande en conséquence ce que seraient les effets sur l’activité des hommes et ce qu’il ferait personnellement.

Réponse, à lire, à relire, à rerelire et surtout à se répéter tous les matins quand on ouvre les yeux sur le jour :

« Je crois que la vie nous paraîtrait brusquement délicieuse, si nous étions menacés de mourir comme vous le dites. Songez, en effet, combien de projets, de voyages, d’amours, d’études, elle – notre vie – tient en dissolution, invisibles à notre paresse qui, sûre de l’avenir, les ajourne sans cesse. Mais que tout cela risque d’être à jamais impossible, comme cela redeviendrait beau ! Ah ! si seulement le cataclysme n’a pas lieu cette fois, nous ne manquerions pas de visiter les nouvelles salles du Louvre, de nous jeter aux pieds de Mlle X…, de visiter les Indes. Le cataclysme n’a pas lieu, nous ne faisons rien de tout cela, car nous nous trouvons replacés au sein de la vie normale, où la négligence émousse le désir. Et pourtant nous n’aurions pas dû avoir besoin du cataclysme pour aimer aujourd’hui la vie. Il aurait suffi de penser que nous sommes des humains et que ce soir peut venir la mort. »

Ne laisse jamais la négligence émousser ton désir !