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Louis Scutenaire :  ni poète, ni surréaliste, ni Belge

Louis Scutenaire : ni poète, ni surréaliste, ni Belge

Marxiste, tendance Groucho.

Par Jean Rouzaud

Découvrir Scutenaire (Jean Emile Louis. 1905-1987), grâce aux Éditions Allia qui rééditent ses « inscriptions » : texte libre fait de sentences, avis, aphorismes, pensées, opinions, images, allégories, clichés, dictons, dialogues, faux poèmes…Le tout dans la plus parfaite liberté, fantaisie, et surtout un irrespect total pour à peu près tout…est un rare bonheur.

Ignorants que nous sommes de lire les fausses célébrités, et de passer à côté des inclassables, irrécupérables et fantaisistes de tout poil ! 

Cet homme rare, ami du peintre René Magritte, nous plonge dans cet esprit unique des Wallons géniaux : un peu fou, très décalé, mais avant tout  d’une Indépendance incroyable vis-à-vis de toutes les idées connues. 

Pensez à l’entarteur Le Gloupier, et à tous les Ensor, Delvaux, Magritte (peintres à part), ou aux bédéistes Franquin, Hergé, Van der Steen, ou même à Benoît Poelvoorde, et vous approcherez de l’île de Scutenaire…

Anticlérical, anti institutions, antisocial, anti équilibre, cet homme rare reste si plein de ce qui manque le plus : la fantaisie, sans ligne ni direction.

J’aime bien les choses parce que je me fous de bien des choses. J’ai une foi inébranlable en je ne sais pas quoi. La beauté de cette personne agit fort sur ma tuyauterie. Le bon goût mène à l’impuissance. Je ne dis pas que les pédérastes ont raison, je dis qu’ils ont des raisons. On ne met pas d’ordre dans ce qu’on aime..Etc.

Voilà quelques saillies de cet être étrange, si drôle et allusif - comme son ami Magritte et son tableau « ceci n’est pas une pipe !» - Scutenaire aime le sexe et en parle par détours, mets les pieds dans le plat, et lorsqu’il met en boîte les hommes ridicules, il flirte avec la philosophie.

Son mot d’ordre : « Démolissez, démolissez d’abord ! »ne fait pourtant pas de lui un anarchiste, encore moins un révolutionnaire, car il est aussi conservateur, tendre, amoureux, triste et enjoué, selon l’humeur.

Bref, lire Scutenaire est un bain de jouvence, quelque chose de l’ordre de la cure d’eau ferrugineuse, avec des oligo-éléments que l’on croyait disparus. 

 

Louis Scutenaire. Mes inscriptions. 1945-1963. Éditions Allia. 330 pages (également : inscriptions 1943-44) chez Allia

Visuel : (c) Louis Scutenaire.