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À Toulouse, le FabLab festival attire aussi les entreprises

Bienvenue dans le bazar organisé du FabLab festival.

Par Ophelia Noor

-“Un FabLab ?”

-“Oui, vous savez ces endroits où on trouve des imprimantes 3D”.

-”Ah oui ça !”

Sauf que les FabLabs ne se limitent pas à ces petites machines photogéniques ! Il suffit de mettre le pied au FabLab Festival de Toulouse pour s’en rendre compte et prendre le risque d’y rester pour de bon ! Sous le grand hangar du FabLab Artilect, le premier de France qui a ouvert ses portes en 2009, on trouve des robots à coder, un “bar des spores” pour faire pousser des champignons, un labo de biologie pour rendre visible son ADN, des drones à commander, de la réalité virtuelle à gogo, des produits ménagers à faire soi-même, etc. 9000 visiteurs cette année, un chiffre en augmentation depuis le lancement du festival en 2015, porté par des bénévoles et salariés d’Artilect. On y trouve aussi des conférences de qualité dont celle de l’ESOF sur les coopérations entre robots et humains, des stands de fablabs du monde entier venus spécialement pour l’occasion. La liste est longue dans cet espace d’expérimentation libre et foutraque où tout semble possible.

 

 

Les FabLabs ne sont pas de fabulous laboratories, quoique, mais un réseau international d’ateliers de fabrication lancés par le professeur Neil Gershenfeld du Massuchussets Institute of Technology : on peut y fabriquer tout et n’importe quoi avec divers outils, souvent numériques comme l’incontournable imprimante 3D mais surtout grâce à une communauté de compétences. En 2013, le monde comptait 350 FabLabs dont 50 en France. En 2017, ils sont 1135 dans le monde et 147 en France, 2ème pays derrière les États-Unis. Un mouvement de grande ampleur qui s’accompagne en plus, de l’émergence d’autres types de lieux de partage des savoirs et savoir-faire: makerspaces, biolabs, medialabs et autres hackerspaces.

À la recherche de la vibe maker

Sous des aspects bazar et bon enfant, les FabLabs comme certains antibiotiques peuvent être à large spectre : ils s’adressent à tous les publics et portent des collaborations souvent fructueuses avec des chercheurs, artistes, mais aussi startups et entreprises.

 

Justement, dès le vendredi matin (la journée pro), les cadres de plusieurs grandes entreprises en tenues casual, se mêlent à la foule des fablabeurs et fablabeuses. Airbus, GRDF, Continental, MAIF, Castorama, ou encore Veolia ont même un stand. Pourquoi sont-ils là ? Et pourquoi pas ? Vincent Loubières, lead technologist chez AIRBUS et fondateur du ProtoSpace se sent partie prenante de ce mouvement inspirant : “si on veut être une entreprise innovante aujourd’hui, il faut être en mesure de voir les FabLabs comme un organisme international avec beaucoup de culture et de compétences. Ils ont une force de frappe phénoménale”. En somme, un réseau d’intelligence collective distribué capable de relever les défis de demain, du handicap aux pollutions des océans, mais aussi de redonner du souffle et de l’inspiration aux entreprises qui cherchent à s’adapter à l’ère numérique. Mickaël Desmoulins, a cofondé le Creative Lab de Renault en 2011, inspiré des FabLabs. Pour lui, ce lab est un espace de liberté nécessaire au sein de l’entreprise pour repenser l’innovation : “Ça nous permet aussi de retrouver de la créativité et de l’agilité, et surtout de faire émerger des talents qu’on ne soupçonnait pas, qu’ils soient dans les bureaux ou sur la chaîne de production.”

Se foirer, c’est bien

Nicolas Lassabe, le fondateur du FabLab Artilect, pense que l’attrait vient aussi de cette capacité de passer de l’idée à l’objet très rapidement : “pour une entreprise, faire un prototype, c’est des mois ou des années d’études avant de pouvoir fabriquer, avec la pression de ne pas se planter”. Avantage aux FabLabs qui sont à taille humaine, en réseau, sans hiérarchie ou pression économique comparable. “Ici, c’est le contraire. On est en mode essai-erreur constant, dans une ambiance bienveillante. C’est en partie ce que ces groupes viennent chercher chez nous”.

 

Copier, c’est bien

Du côté de GRDF, c’est toute l’équipe innovation du groupe menée par son directeur Pascal N’Diaye qui a choisi Toulouse pour faire son séminaire afin de profiter du FabLab festival. L’équipe y a tenu un stand pour la première fois, avec une maquette reproductible, qu’ils ont fabriqué en FabLab. “L’idée, dit Pascal N’Diaye, c’était d’amener mon équipe à la rencontre des makers pour les inspirer, les confronter aux possibles et qu’ils ramènent cette énergie et des idées en interne”. Tous se sont relayés sur le stand pour expliquer aux curieux de façon ludique le principe de création d’énergie par méthanisation de déchets.

Certains grands groupes ont déjà appliqué une partie de “la recette maker” en ouvrant, comme chez Renault et Airbus, leur lab en interne : les GazLabs chez GRDF, le Garage chez Alcatel-Lucent, etc. Ou des labs pour leurs clients, comme les Castolabs de Castorama. Avoir un pied dans le monde maker, c’est “in”, sans aucun doute, mais si le mot innovation est devenu un buzzword, il correspond à de réels enjeux pour ces grands groupes, face aux disrupteurs créatifs que peuvent être les makers. Chris Anderson, ex-rédacteur de la revue WIRED, prévenait déjà en 2012 dans son opus, Makers : la nouvelle révolution industrielle : “Les innovations viendront dorénavant de la base”. Les FabLabs et les makers ont, semble-t-il, encore de beaux jours devant eux.

 

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Passez la porte d’un lab d’ici là et rendez-vous en juillet 2018 à Toulouse, Paris et dans tous les FabLabs de France pour une semaine de festivals makers : FAB14 et FabCity.

Visuels : (c) Ophelia Noor