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Gangnam for Freedom !

Le monde de l’art contemporain danse le Gangnam Style pour soutenir la liberté d’expression.

Par Camille Diao

PSY a encore frappé. Mais c'est pour la bonne cause.

En octobre dernier, l’artiste chinois dissident Ai Weiwei postait sur Youtube son propre remake de Gangnam Style, une version rebaptisée pour l’occasion Caonima – expression chinoise que l’on peut sobrement traduire par « nique ta mère ». Ou comment transformer un insipide tube coréen au succès toujours inexpliqué en objet politique provocateur.

Ai Weiwei, toujours privé de passeport et sous le coup d’un gigantesque contrôle fiscal, y portait un tee-shirt rose fluo et s’adonnait avec entrain à la fameuse « danse du poney », faisant tournoyer ses menottes avec un grand sourire provocateur. De quoi montrer aux autorités chinoises qu’elles n’ont toujours pas réussi à altérer sa bonne humeur – autorités qui, manquant d’humour, ont fait disparaître la vidéo de la toile en moins de temps qu’il ne faut pour dire « Caonima »

C’est aujourd’hui au tour d’Anish Kapoor, fameux plasticien britannique d’origine indienne, de livrer sa propre version du Gangnam Style, en soutien à son ami Ai Weiwei. Le sculpteur, en collaboration avec Amnesty International, a convoqué quelques 250 amis du monde dans l’art dans son studio londonien, pour danser ensemble sur la chanson de PSY.

Dans une salle blanche aux murs recouverts de noms d’artistes en danger, Kapoor danse comme Ai Weiwei en chemise rose et menottes, entouré de dizaines de participants. Ceux-ci portent des masques à l’effigie de l’artiste, tapent du poing sur les murs, se bandent la bouche au scotch noir, font des doigts d’honneur au système chinois qui censure le travail des artistes.

Anish Kapoor brandit une pancarte : on peut y lire « End Repression, Allow Expression ». 

On peut apercevoir les artistes Mark Wallinger, Bob et Roberta Smith, Tom Phillips, mais aussi le personnel du Whitney Museum of Art, du MoMA de New York, de la galerie londonienne à Londres, des étudiants de diverses universités qui ont contribué à distance en envoyant leurs vidéos…

La vidéo a été diffusée sur la BBC et de grands musées ont d'ores et déjà prévu de la projeter. Vous continuez à trouver l'idée étrange ? Voici ce qu'en dit Kapoor : « Oui c'est totalement ridicule ! Mais quel est le paradigme de l'artiste ? L'artiste fait des choses idiotes avec des intentions très sérieuses. ».

En 2011, Kapoor avait déjà annulé une exposition prévue en Chine afin de protester contre «la détention de l’artiste chinois Ai Weiwei».