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Syd Barrett, poudre de Pink Floyd

Syd Barrett, poudre de Pink Floyd

Syd et d'autres trucs.

Par Jean Rouzaud

Jean-Michel Espitallier est un poète et un écrivain, cultivé et drôle. Les éditions Le mot et le Reste rééditent son livre sur Syd Barrett, le membre mythique des Pink Floyd, qui, après quelques morceaux étincelants, fit une plongée libre dans le LSD, et disparu par étapes, entre 1967 et 1972.

Mythe rimbaldien

Il devint un mythe rimbaldien, car Rimbaud , comme lui, avait tout abandonné de la poésie pour se lancer dans le trafic d’armes en Ethiopie ! Ce livre raconte la période précédant le vaisseau spatial Pink Floyd, mais surtout la formation d’un personnage étrange, à partir de Roger Keith Barrett (1946-2006), habitant de Cambridge et future icône du rock psychédélique. C’est donc entre 1962 et 1966 que ce garçon va être aspiré par la Beatlemania, et la vague de la « British Invasion », accumulant groupes rock et tentatives diverses.

Entré dans un Art College à Cambridge, il y rencontre David Gilmour (futur Pink Floyd), et s’essaie à la peinture…et aux stupéfiants. Et là, la démarche classique des potes de collège, qui enrôlent un à un les membres du énième groupe qui va enfin marcher, manager et label compris. L’auteur joue et répète ces gammes du rock, du succès, des dérapages, des coups de génie et des coups du sort qui ont fait le parcours du combattant rock, et va être modulé à l’infini dans les 50 années à suivre !

Remarque importante : on ne peut imaginer ce qu’a été la folie des hallucinogènes, dès 1964, et la frénésie avec laquelle une génération entière s’est jeté dessus. Les récits abondent du Swinging London, sous LSD : une véritable passion venue de Californie, mais portée à un extrême de style de vie, à Londres ! Syd Barrett est au cœur de ce cyclone : il est vite entouré des plus extraordinaires poètes et musiciens, Robert Wyatt, Kevin Ayers et les tribus de Gong et Soft Machine, tous amateurs de jazz, de musiques rares ou baroques, et des paroliers Inspirés… Il crée le nom Pink Floyd avec le prénom de deux bluesmen qu’il croise.

Auteur de trois singles, puis des titres du futur premier album du groupe, Syd Barrett met en route la mise à feu de la fusée Pink Floyd, qui devient le groupe psyché le plus célèbre de la planète pop rock, dès 1966. Et c’est en 1967 que, secoué par le génie des Beatles (Revolver et Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band) deux albums qui ont abasourdi le monde), emporté par les expériences de toutes sortes : argent, sexe, errance, crises, mélanges ahurissant de substances, visions, mutisme ou exhibitionnisme, la créativité de SB tourne au cauchemar. En deux années de folie, d’excès, de délires, devenu un pur poète psyché, vêtu de satin, de couleurs fluos, maquillé, échevelé, pieds nus ou en platform boots en lézard, affichant un comportement erratique ou hébété, Barrett est abandonné…

Le sabordage plus chic que le succès ?

Mais sa légende est en train de naitre. Lâché par ses managers, puis par son groupe, ou Gilmour va remplacer à la guitare celui qui est absent, en retard ou pas en état d’aligner deux notes ! Début des mystères, de la disparition et d’un jeu de cache-cache avec les journalistes rock qui va durer jusqu’à sa mort, 40 ans plus tard. Et voilà ces « autres trucs » dont parle l’auteur : la folie, l’attitude suicidaire, l’inversion des valeurs, le monde la tête en bas, le mal qui est bien, le système pop rock, fait de flashes, de quiproquos, de romantisme punk, d’électricité et de visions, de fétichisme, de masochisme des stars crucifiées…

Dans son ouvrage, Espitallier compare Barrett à Rimbaud, mais aussi à Nietzsche, le surhomme visionnaire, solitaire qui finit fou, isolé par sa pureté et ses exigences, et analyse avec humour les éléments indispensables et extrêmes qui ont fait de lui l’archétype de l’idole : nouveauté, succès, drogues, folie… Beaucoup d’anecdotes, des tas de légendes plus ou moins débiles, mais en allant voir sur le net ou en écoutant des morceaux, on aperçoit ce visage pâle aux immenses yeux noirs, ces couleurs floues et ces ballades à la guitare qui deviennent planantes, et tournent parfois au dévissage galactique, saturé noise.  

 

 

Les Pink Floyd perpétueront ce « message » barrettien, avec des claviers bidouillés par eux, pour des échos, glissendos et réverbs qui ont fait date. Le personnage « Too fast to live, too young to die », inscrit donc les commandements d’un rock illimité et d’un comportement considéré comme anti-matérialiste, suicidaire mais résolument poétique ? Il fut appelé le « Diamant Noir ». A vous de voir si le sabordage va plus loin que la réussite, et si le détachement matériel allant jusqu’à l’oubli de soi, est plus noble et chic que le succès.

Syd Barrett. Le Rock et autres trucs. Jean-Michel Espitallier. Editions Le Mot et le Reste. 150 pages. 15 euros.  Le livre réunit tous les éléments connus et les hypothèses sur le personnage, dont sa fascination pour les Beatles et pour Lennon, et aussi tout ce qu’il a provoqué, inventé ou pas, et qui est devenu la légende du rock, ainsi que les liens avec d’autres légendes.

Visuel : (c) DR