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The Cure : gothiques cools

The Cure : gothiques cools

Garçons sensibles et imaginatifs

Par Jean Rouzaud

Avec The Cure, on touche à un groupe à part, à un mouvement d’ados sensibles et décalés, mais aussi à un combo aux sonorités envoutantes, aux mélodies marquantes. Cure, les rois du « climat ».

Corbeaux noirs

Leur look de corbeaux noirs, post gothiques, un peu raté, m’avait bloqué façon Indochine…Au début, ils se sont beaucoup cherchés, comme Depeche Mode, dans un style new-wave assez garçon coiffeur, et qui leur valu bien des vannes de drogués, habillés dans une poubelle et autre finesse sur leur identité sexuelle…

Très anglaise, cette identité de « look » puis d’attitude qui font un groupe pop ou rock. Finalement, les chiffons noirs, les manteaux longs, les coupes de freaks hiboux, crêpés à la laque, leur ont réussi. Mecs à part.

Seventeen Secunds ou Faith, deux albums tristes, atmosphériques, pluie et vitres mouillées sur la pochette, et des envolées de guitares cristallines parfaites franchissant les cieux de l’adolescence prolongée et nostalgique, mais le tout parfaitement dominé et contrôlé par un excellent groupe.

Le livre de Lol Tolhurst, ex batteur, puis clavier jusqu’en 1988 (autant dire longtemps), intitulé Cured. Two imaginary Boys, chez Le Mot et Le Reste, est à part, écrit par un membre rejeté (puis récupéré 10 ans plus tard). Récit d’une peine, d’une désintoxication…

L’éternelle histoire des potes d’enfance, du succès grisant, des anecdotes de tournées, puis la fatigue, la dope, le divorce ou split fatal et les procès nuls et ruineux jusqu’au bout de la haine. 

Mais avec ce témoignage triste et vrai, on se souvient de ces gars de la banlieue sud de Londres (Crawley), et des surprises qu’ils ont réussi à créer, au milieu d’un tsunami de groupes excités, puis de leur solidité, de leur durée, et des concerts réussis, envoûtant des foules de fans. 

C’est l’histoire parfaite des modes : venant de partout et de nulle part, d’une alchimie entre quelques garçons, puis de l’inspiration d’un leader (Robert Smith), symbolique, représentatif d’une inspiration commune et décalée.

Avec le 3e volet de Pornography, avec le livre de Camus, L'Etranger, dont ils tirent un titre scandale Killing an arab, on vit pointer la provoc et la culture punk, la maturité pour ces ados romantiques ?

En réalité Cure restait Cure, mais le succès rend imprudent, ou trop culotté et ces Anglais gauchistes, altermondialistes et banlieusards devaient rester proches de leur public, représentatifs de leur frange et finalement forts de leur position unique sur la  brillante scène british. 

Avec Cure, émotion, ressenti, amitié… et un idéalisme peut-être un peu court, mais nourri d’originalité, et surtout de l’excentricité british à laquelle on pardonne beaucoup car, une fois encore, les morceaux sont bons, et les albums vraiment attachants, mélodiques, avec basse et batterie parfaites pour laisser décoller des guitares sorties de nulle part, « atmosphériques » comme on dit.

Déprime cool ?

L’esthétique gothique, morbide, dépressive… trouve un équilibre relâché et presque cool, avec ces éternels gamins, dans une pop inattendue. L’héritage des poètes anglais : Byron, Shelley, Milton, Blake… jouent en fond culturel, même si c’est un amalgame approximatif. Les grands succès sont souvent le fruit de ces rapprochements bizarres. 

Cure a fait son trou, en forme de tombeau, un vieux cliché qui date des Count Five, des Damned ou des Cramps, et de tous leurs enfants vampires mais qui fonctionne encore ?

Cured. Two Imaginary Boys, de Lol Tolhurst. Le Mot et le Reste, 425 pages, 26 euros, 2017

Visuels : (c) DR