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Philippe Vuillemin, critique définitive

Philippe Vuillemin, critique définitive

La B.D. backstage.

Par Jean Rouzaud

J’ai été le premier scénariste de Vuillemin (il va DÉTESTER que je dise ça ! Il me dédicace son livre : « pas encore crevé ? » (allusion délicate à mes amis disparus d’ACTUEL), mais je  n’ai jamais demandé de dédicace à personne. 

La dernière fois qu’on s’est vu (à NOVA) il m’a balancé : « alors, toujours dans les jupes de Bizot ? » Je lui ai répondu : « et toi dans le caleçon de CHORON ? » Car il aimait énormément le professeur Choron. Moi aussi. Mais il n’aimait peut-être pas Jean-François Bizot ?

Mais avec Philippe, ni rapprochement, ni connivence, ni rien… Il suit son parcours solitaire, comme un G.I. au Vietnam : « Search and Destroy », ou plus moderne, un terroriste de Daech avec sa ceinture.

Sa ceinture contient des encres, des marqueurs, des stylos, des calques, à moins qu’il ait changé. Sa tête ne respecte pas grand-chose, une sorte de PUNK « No Future », mais lui il a les idées, le style et la rapidité que beaucoup de musicos n’ont pas.

Il tire plus vite que Lucky Luke, et possède plus d’insultes que le capitaine Haddock. Georges Bernier, alias PROFESSEUR CHORON, l’a adoubé chevalier il y a longtemps et MERDIN le magicien lui a ajouté quelques dons.

Il est sans doute le dessinateur qui a le plus dessiné de poils, caca, sueur, sang, pisse et sperme de l’histoire. Seul le performeur Jean-Louis COSTES en fait plus que lui (renseignez-vous).

Philippe VUILLEMIN est un cas. Je ne connais plus sa vie privée (il arborerait la moustache de Cavanna ?), mais on n’oublie pas son arrogance, ses ricanements, son mépris pour les institutions, même l’Art et aussi la Bande Dessinée. Justement son album de gags en une seule planche parle de Bande Dessinée, cet artisanat devenu un petit commerce de proximité. 

C’est bien qu’il y ait encore des éditeurs pour publier un mec qui crache sur les éditeurs, piétine les scénaristes et conchie les dessineux.

En tout cas il vise toujours juste (entre les yeux et les testicules), afin que l’ennemi, le traître, le lâche, le lèche-cul, le vendu et l’arriviste meure à la fin et que lui, le Robin des Bois du dessin, puisse retourner dormir dans la forêt, où trouvaient refuge les asociaux.

Des ermites, des anachorètes, des prédicateurs, des Saint Jean-Baptiste, il n’y en a presque plus, alors il faut profiter des derniers comme lui et aller se faire baptiser avec un des liquides dont il a le secret.

Quant à moi, même s’il ne m’aime pas, je continue de l’apprécier et de lui redire qu’il devrait AUSSI dessiner des paysages et des natures mortes, mais il n’y croit pas, il veut faire chier les artistes jusqu’au bout, ce qui, d’un autre côté, est une noble tâche…

Se foutre aussi bien de la gueule des autres de manière juste, est un ART, alors profitez-en.

VUILLEMIN. Le monde magique de la Bande Dessinée. Éditions Hugo-Desinge. Album Couleur 22 x 29cm. 168 pages . 14euros 50.

*** sortie le 1er Octobre 2016 !