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NU dans ton bain face à l’abîme…

Après la fin des manifestes et de la littérature !

Par Jean Rouzaud

Enfin un essayiste qui n’y va pas par 4 chemins : il n’y a plus d’auteurs, la littérature s’est éteinte, faute de personnalités assez fortes, et surtout plus rien À QUOI S’OPPOSER ! C’est mort.

Pour lui, la littérature fut « révolutionnaire, tragique, prophétique, solitaire, posthume, incompatible, radicale, paradoxale »…, la demeure ajoute-t-il, « des oracles et des marginaux, provocatrice, pathétique, cherchant à briser, à altérer, à démolir… » Bon là il y est allé, il a balancé le fond de l’affaire.

Il s’en prend ensuite à la mondialisation qui a tout aplati, transformant le marché mondial ou TOUT est à vendre en néant, et les tentatives de chef-d’œuvre en gestes KITSCH, et les auteurs en profs ou en publicistes.

Puis il cite quelques noms : Diderot, Rimbaud, Gogol, Bataille et Kafka son chéri, mais aussi Thomas Bernhard et Cioran et il se lance dans la description d’un livre sur CE sujet , La maladie de Montano (2003) d'Enrique Vila Matas, ou un père et son fils sont frappés de maladie littéraire. L’un ne pense qu’à ça et l’autre n’arrive plus à écrire une ligne. 

 

 

Bref, ce prof de 45 ans de Newcastle, auteur de nouvelles et d’essais, surprend par sa férocité, son radicalisme et son analyse sans pitié. Il cite aussi Roberto Bolano pour son roman Les détectives sauvages (1998), trop long à raconter, mais sachez que cet auteur espagnol a tenté de créer en 1975 au Mexique un mouvement INFRARÉALISTE.

En tout cas, il m’a touché par son conseil : « dessiner des croquis stupides pour passer le temps dans le désert ». Ce que je faisais par mes dessins libres et sans but. On a la même idée.

Enfin je ne peux que citer sa fin « c’est seulement quand la chose est morte, que des millions de corbeaux l’ont dévorée, que des chacals l’ont rongé, qu’on lui a craché dessus avant de l’oublier que nous pouvons découvrir le dernier os inviolé. »

Amen.

Nu dans ton bain face à l’abîmeUn manifeste littéraire après la fin des manifestes et de la littérature, de LARS IYER. Éditions ALLIA. 48 pages . 6 euros 50