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Free as a Byrd

Des cow boys de l’espace ?

Par Jean Rouzaud

Les éditions du Camion Blanc viennent de sortir la biographie du groupe  américain des Byrds, sorte de pare-feu musical (1964) censé contrer la Beatlemania qui faisait trembler les États-Unis du Show Biz sixties.

L’auteur, Didier Delinotte, sait tout sur ces proto hippies, comme dans ses autres livres portraits (Pretty Things ou Procol Harum…) Il assure, mais si les Anglais sont toujours fascinants après 50 années, qu’en est-il des Californiens ?

Les gars qui formeront ces Byrds, sont des fils de middle class plutôt branchés, et au départ, des beaux gosses branleurs, qui ne pouvaient que choisir de former un groupe à l’aube des sixties californiennes.

Donc Jim/Roger McGuinn, fan d’espace, trouvera David Crosby, blouson doré semi-délinquant (futur Crosby, Stills, Nash and Young), Gene Clark, songwriter du Midwest, Chris Hillman ou même Gram Parsons, loser angélique (ces 2 derniers formeront les Flying Burrito Brothers).

Il leur faudra le « Mr. Tambourine Man » inédit de  Bob Dylan pour décoller, et l’aide bienveillante d’amateurs comme Lenny Bruce, le show man culte sulfureux et révolté, ou des producteurs pros comme Terry Melcher (c’était lui que la bande de Charles Manson visait dans l’expédition meurtrière, et qui tomba sur Sharon Tate/ Polanski et ses amis…) 

Le livre raconte cette route chaotique, avec équipe interchangeable, requins de studios, tentatives permanentes de reformations, tristes splits et orientations diverses pour tenir à peine dix ans.

Les Byrds ont payé cher d’être à la charnière d’un basculement d’époque en Amérique : après avoir été les rois du monde dans les années 50 avec le Rockabilly, les Ricains ont pris en pleine poire la « British Invasion » plus novatrice, plus nerveuse, plus obsédée.

Bien sûr, les Byrds seront hippies et donneront dans le Folk Rock, Country Rock, et le PSYCHEDELISME, si tenté que l’on puisse passer de la consommation d’alcool fort au LSD.

Ce groupe s’appelait « The jet Set », ou « Beefheater » (la marque de Gin qui arrosait leur gosier pentu) avant les Byrds : des racines pour le moins hésitantes pour ces oiseaux voyageurs en quête de point de chute, faute de connaitre l’itinéraire.

L’auteur du livre tente un repêchage héroïque pour ce groupe éclaté, qu’il considère comme injustement méconnu.

Mais comment hésiter entre les Kinks, Who, Beatles etc. qu’ils  croyaient imiter, et ces provinciaux un peu lents qui, même en pantalons collants et franges lourdes, n’ont rien des électriques sauterelles bluesy et sous amphétamines que furent nos anglais trendy ?

Les Français, notamment, ont longtemps préféré les sombres Mods, avant de se laisser happer par le côté bleu-california de la force cool.

Ceci dit, ces parcours en détail d’époques surchargées et mal digérées, sont toujours instructifs pour les bloqués  sixties (musique, mode, attitude) comme moi et, j’espère, beaucoup d’autres. 

The Byrds. Des cow boys de l’espace. Par Didier Delinotte. Éditions Camion Blanc. 200 pages (avec discographie de chaque groupe et musicien). 28 euros.