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Des manga-estampes à la française

Un voyage entre la France et le Japon.

Par Jean Rouzaud

Camille Moulin Dupré est le fils de Jean Louis Dupré, ex Loulou Picasso de Bazooka, collectif graphique qui remua traits et esprits.

Ayant aperçu une bande dessinée à la manière des estampes japonaises, mais très réussie, et en même temps une sorte de manga, mais échappant aux clichés du genre, je fus charmé. Frappé par son travail à part, - et aussi raffiné que son ancêtre : finesse, élégance, nuance de gris, composition et mise en page parfaite, mais bien sur dans un tout autre domaine ,-  je le contactai. Je le cite :

« L'estampe japonaise, c'est la plus belle des lignes claires et un style graphique trop rare. Gracieux et moderne que je voulais remettre au goût du jour . Mais aussi je vois des parallèles entre estampes et bd. Il y a des estampes de Hokusai qui me font penser à du Akira, et du Hiroshige qui ressemble à du Hergé . L'estampe japonaise possède déjà les découpages en cases,  les phylactères ainsi que plein d'autres codes propres à la bd. Pour ce livre, je n'ai rien modernisé. J'ai juste prélevé ce qui existait déjà.

Je me documente énormément. Livre, bibliothèque, jpeg sur internet. Je regarde de l'estampes tous les jours. Dès qu'il y a une posture, un objet, un animal ou des mains que je ne sais pas faire, je regarde dans ma base de données pour reproduire ce que Harunobu , Hiroshige, Hokusai (mais aussi plein d'autres) ont dessiné.

Je dessine à la palette graphique sur photoshop sur des centaines de calques. »

En prime, ce garçon raffiné et cultivé a souhaité faire comme les maitres japonais : un livre pour jeunes, pas cher, une sorte de BD de gare, accessible et simple, mais qui n’empêche pas un savoir-faire de qualité .  Voilà, au milieu du Tsunami d’albums faux-luxe, en quadrichromie a couverture cartonnée et aux scénarios indigents, un travail superbe, original,  et un hommage aux grands maitres japonais du dessin.

Ces mêmes estampes avaient bouleversé l’Art européen à leur découverte. Ni Gauguin, ni Van Gogh, ni Seurat, ni Matisse n’existeraient sans elles.    

 LE VOLEUR D’ESTAMPES  de Camille Moulin Dupré. Album souple 14cm5 X 21 cm. 200 pages. 13 euros 25. Tome 1. Editions Glénat.