Aller au contenu principal

Junky mode d’emploi ?

Love story chez les toxs.

Par Jean Rouzaud

Jerry Schatzberg a eu son heure de gloire : début 70 il va sortir 2 monuments : « Portrait d’une enfant déchue » avec Faye Dunaway, extraordinaire vision du mal-être des top models (il avait été photographe de mode).

Puis en 1971, il frappe à nouveau avec « Panique à Needle park » ou le quotidien des junkies de New York, au Sherman Square. Al Pacino s’y impose.. pour longtemps. Par contre Kitty Winn ne réapparaîtra pas après ce rôle symbolique.

Bien sûr, un certain William Burroughs avait commencé à écrire JUNKIE son premier roman autobiographique, 20 ans plus tôt, même si le livre  ne sortit qu’en 1953, racontant aussi en détail, les combines des junkies d’après-guerre. Vers 1947, les  toxicos malins trouvaient encore des doses de morphine dans le surplus de l’armée,  dans le paquetage des soldats. Des doses toutes prêtes !

Mais au fond, et même si 25 ans plus tard, le « deal » s’est organisé, importé et clando, c’est le nombre de clients qui a changé, et leur nature. Après les amphétamines des années 40 et 50 qui avaient boosté l’Amérique en douce, c’est la poudre, le cheval, l'héroïne qui avait cueilli les hippies en descente d’acide. 

Ce n’était plus des truands et des prostitués, ni des jazzmen ou des marginaux récidivistes, des convaincus anti système. La drogue s’était mise à toucher des bourgeois, des étudiants, des employés. L’Amérique pouvait se faire peur.

Schatzberg nous fait suivre en cinéma vérité, un Pacino parfait, à l’aise en petit junky organisé, charmeur, glandeur, voleur et…Toxicomane. Il fait bien sûr plonger une pauvre fille à la dérive, qui passe de « bon genre » à faire des passes.

Bien entendu rien n’est épargné : trahison, mensonges, demi-vérités, arrangements et combines minables, chutes répétées et prison. Le succès de ce film reste à comprendre : voyeurisme sadique de la souffrance, fascination pour l’échec absolu , romantisme morbide de l’amour teinté de mort ?

À la même époque, Barbet Schroeder montrait dans « More » , exactement le même malheur, un couple sombrant dans l’héroine, mais sous le soleil d’Ibiza…

Même fascination pour ces jeunes gens, beaux et chanceux, qui frôlent le paradis, et qui gâchent tout. Mais ça n’explique toujours pas (la révolte, les beatniks, la route, les héros littéraires maudits,  la pop music et les paradis artificiels au goût d’orient, etc.) pourquoi des générations entières se sont jetés sur ces mythes négatifs et auto-destructeurs ? 

Quelle réaction violente, inconsciente ou lucide leur a fait rejeter en bloc tout ce que proposait  le monde moderne ? Comment peut-on comprendre l’inutilité de la consommation et des gadgets, et ne pas voir le danger total de la drogue? 

Éternelle histoire des humains, jeunes et avides de différence et de risques, mais aussi de mode !!! (l’héro fut une mode puissante, mondiale et ravageuse…qui s’exerce encore, en sinuant sur la planète.

Panique à Needle Park eut le mérite d’exister. Aujourd’hui, on croit voir un reportage (en plus intime) sur les toxicos des grandes villes. 

La banalisation est passée depuis, même si le drame demeure. 

 

  

Panique à Needle Park de Jerry Schatzberg avec Al Pacino et Kitty Winn. Réédition du DVD en coffret collector avec un paquet de suppléments, interviews, bande annonce, photos et making of . + Livre 200 pages. sortie 22 juin 2016

Blu Ray et DVD version restaurée.