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Daniel Alexander : un ancien de Breton en solo et en exclu

Daniel Alexander : un ancien de Breton en solo et en exclu

Dans la même clinique que James Blake, un soul man-machines.

Par Bastien Stisi

Dans quel état psychologique et mental se trouve un individu qui décide d'apparaître, dans les premiers instants du tout premier clip de sa toute jeune carrière (celui du traumatique « The moments u had but were never at »), le visage entièrement recouvert par un masque à gaz tout noir ? Pas en confiance vis-à-vis du monde qui l'entoure, on s'en doute.

Ce masque, et cette manière de le retirer après avoir s'être suffisamment camouflé derrière l'inconnu, c'est un peu comme chez un autre Londonien, Burial, à qui l'on pourrait penser en écoutant ce post-dubstep tristounet et douillet, lui dont on se souvient qu'il avait justement longtemps caché son visage pour ne pas voir son identité dévoilée. Sauf que Daniel Alexander, de base, on voit à peu près déjà qui c'est. Un ancien de Breton en l'occurrence (il y jouait de la basse), ce collectif de Londoniens centré autour du totem pop Roman Rappak et qui avait fait paraître deux très bons albums de pop « surréaliste » (jeu de mots facile, puisque le nom du groupe vient d'André Breton) au cours des quatre dernières années.

 

Sur « Only Ever There », ce second morceau que l'on dévoile à l'instant en exclusivité sur Nova, pas de masque pour renouveler l'atmosphère (l'élément n'est en tout cas pas mentionné dans les lyrics), mais une nouvelle piquouse de cette soul moderne proposée par le Londonien rouquin, qui a sans doute pas mal écouté le voisin James Blake et tous ses apôtres les plus convaincants (de SOHN à Mura Masa, de Fyfe à William Arcane, d'Oceaán à Deptford Goth, le prisme est large), ces esprits tous branchés sur le même courant alternatif, celui qui tente de soigner par le biais des sampleurs, des séquenceurs, et des chants chialeurs.

Thérapie de soi, vision sévère de l'autre et de la société qui l'accueille (sur son premier morceau, on entendait le chant revendicateur du « We gon be alright » de Kendrick Lamar), et l'arrivée d'un nouveau patient au sein de cet hôpital pour âmes sereinement malades. Un établissement, d'ailleurs, dont on ne souhaite pas forcément que lui et ses congénères s'échappent immédiatement. Égoïsme : qu'ils continuent à partager avec nous leurs pilules réparatrices, ces gens-là.

Visuels : © Lucie Rox, Daniel Alexander