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Henning Wegenbreth, pionnier de la bande dessinée numérique

Henning Wegenbreth, pionnier de la bande dessinée numérique

From Gare du Nord to Berlin.

Par Bastien Stisi

Il y avait du monde il y a deux semaines pour le vernissage de l'exposition Henning Wagenbreth – Nachtzug Gare du Nord à la galerie Arts Factory, consacrée jusqu’au 28 mai à ce pionnier de la bande dessinée numérique et dialoguiste de talents entre illustrations traditionnelles et techniques numériques. Du monde sur le sol solide de la galerie consacrée aux arts graphiques depuis 1996 (et dans cet espace-ci, rue de Charonne, depuis 2014), et aussi, du monde sur les murs de ces 4 étages, anormalement et excessivement remplis pour l'occasion, comme à l'intérieur de ces chambres d'étudiants où l'on ne sait plus très bien, à force de surcharger l'horizon, comment continuer à transcrire sur les murs ce que l'on commence à bien construire à l'intérieur du cerveau.

 

Wagenbreth, justement, construit depuis le début des années 90 son propre petit monde à lui, qu’il retranscrit via une œuvre foisonnante de diversité et qui mélange le savoir-faire d’illustrateur, de dessinateur, de graphiste et d’affichiste. Un petit monde personnel quand même bien inspiré par celui qu’il a commencé à parcourir, juste avant la Chute du Mur, du côté de Berlin-Est d’abord, où la formation de graphiste et d’affichiste qu’il a reçu (dans la grande tradition de ce qui se fait alors en Europe de l'Est, et notamment en Pologne) lui a permis de se familiariser avec différentes techniques d’impressions (la sérigraphie et la xylogravure, notamment) qu’il saura plus tard réutiliser, tout comme il saura tirer profit de son premier voyage à Paris, réalisé juste après l’ouverte de la frontière entre l’Est et l’Ouest de l’Europe, qui lui permet de rencontrer les têtes pensantes de la scène graphique underground de l’époque.

 

À son retour à Berlin, il s’impose comme l’un des premiers à envisager la BD pour les outils novateurs de l’époque. Témoin, la série rétro gaming et pixel art Plastic Dog (bande-son suggérée : la techno gameuse d'un autre Berlinois Siriusmo), présentée au rez-de-chaussée. À la base, du numérique pour du numérique.

Ce voyage parisien effectué à 20 ans, fondateur, il y fait d’ailleurs directement référence via le titre de l’exposition – Nachtzug Gare du Nord (« le train de nuit de Gare du Nord » en Français), comme l’explique Laurent Zorzin, cofondateur de la galerie avec Effi Mild : « La Gare du Nord, c'est la gare par laquelle il a dû passer lorsqu'il a effectué son premier voyage à Paris à 20 ans. C’est la première fois qu’une exposition de cette ampleur lui est consacrée à titre personnel et notamment à Paris. C’était important de faire référence à ce premier voyage. Le carton d’invitation pour le vernissage, d’ailleurs, c'est une voiture sur une route, et l'affiche de l'expo une voiture qui se fait couper en deux par un train. Visiblement, le train est un moyen plus sûr que la voiture ! »

Ce train, et comme la globalité de l’œuvre de l’artiste allemand, il paraît tout droit sorti de cette cité fantasmagorique magistrale, utopiste et dystopique, constituée au 4e niveau de la galerie, elle qui, par les logiques qu’elle implique (la critique de la société de consommation, du matraquage publicitaire et du consumérisme outrancier sont au centre de l’œuvre de Wagenbreth) et par la manière dont elle est constituée (ça pullule de partout, d’hommes et de publicités), fait largement penser aux visions de la métropole comme on a pu l’envisager un temps de l’autre côté du Rhin, que l’on pense au Metropolis de Fritz Lang ou à celui de Kraftwerk. 

Cette maquette imposante – jamais exposée de la même manière tout simplement parce qu’elle n’a pas de plan défini – et les figures « Tobots » qui l’entourent – artistes automatiques entre l’humain et le robot – ils sont là pour matérialiser cette immense base de données créée par l’Allemand dans les années 90 et dans laquelle il avait numérisé personnages et décors, démarche avant-gardiste qui lui permettait, alors, de pouvoir générer une image de manière automatique. Automatisme sociétal, automatisme artisanal, et une rétrospective, qui présente également les vertus illustratrices de l’artiste (au sous-sol, on a disposé dessins et affiches, et notamment ceux issus de son mémorial de Sainte-Hélène revisité de Napoléon, Le secret de Sainte-Hélène) à voir à Arts Factory, jusqu’au 28 mai.

 

Henning Wagenbreth - Nachtzug Gare du Nord, Arts Factory, 27 rue de Charonne, 75011 Paris - Métro Ledru-Rollin / Bastille

Prochaine expo à Arts Factory le 31 mai, consacrée à la scène graphique émegeante nantaise (A L'OUEST ! drawings, youngblood &

fresh paintings), avant un cycle de 3 mois d'expo pour les 20 ans à partir d'août.

 

 

 

 

Visuel : (c) Chloé Baudet