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Quand Hollywood était artisanal

Films faits main.

Par Jean Rouzaud

Cela fait 10 ans qu’une petite structure, près de Montpellier, ressort des films rares, étranges, instructifs et inspirants. Des perles perdues, le plus souvent oubliées et méprisées.

Artus Films, c’est le nom, s’intéresse à l’histoire du cinéma, trouve des incunables et les accompagne d’images, bonus, interviews. Cette fois, 2 films américains d’aventures d’Edgar G. Ulmer.  

Le premier, l’"Ile des péchés oubliés" ( 1943!) est une chasse au trésor dans les mers du sud, avec des marins aventuriers, dignes de Joseph Conrad, mais surtout une bande de tahitiennes, au physique de chorus girls américaines, travaillant dans une maison close en bambou, toutes vêtues d’impeccables paréos.

 

 

Le second, « Le pirate de Capri » (1949) se passe au 17eme siècle à Naples. Une sorte de pirate, masqué comme Zorro, mais appelé Sirocco, va renverser le traitre Von Holstein, et tomber la reine Carolina, le tout en costume de cape et d’épée, au milieu d’une cour de marquises satinées et poudrées à souhait.

 

 

Vous avez compris, le spectacle prime : et aventures, actions, amours, décors doivent évoquer des ambiances très typées. Malgré le noir et blanc et les moyens de série B, les lumières sont excellentes, les décors parfaits, les acteurs foncent sans complexe et la sauce est relevée. 

Vous pensez être moins naïfs aujourd’hui ? Moins sensibles aux clichés ? Alors vous ne connaissez pas la virtuosité des fabricants de cinéma de cet âge d’or d’Hollywood, mais côté cour. 

Et surtout Edgar Georg Ulmer, né austro-hongrois en république Tchèque, élevé à Vienne, assistant de Murnau, élève de l’expressionisme, genre Metropolis, M le maudit et autre Golem.

En Amérique, il va devenir directeur photo, scénariste, réalisateur et producteur dans le style série B, système D et self made man.

Un vrai chef de chantier de cinéma, magicien de l’expressivité visuelle.

Ses foules, décors et grandes scènes d’action restent superbes : impeccablement réglées et réussies, avec des équipes dignes des meilleurs artisans. Il fera près de 100 films, souvent exotiques. 

Ces classiques efficaces et serrés, restent des leçons de savoir-faire qui ont marquées le monde et ouvert la voie du grand spectacle.

C’était avant les budgets pharaoniques et les effets spéciaux. 

 

_ L’île des péchés oubliés et Le pirate de Capri . DVD Noir et Blanc

Avec bandes annonces. Français ou anglais sous titré . 12E 90 le DVD