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Les droits des homosexuels dans le monde

Les droits des homosexuels dans le monde

Petit panorama par Anthony Bellanger, à l'heure du débat sur le mariage pour tous

Par Camille Diao

Collaborateur pour Courrier International, animateur de l’émission Le Blogueur sur Arte, chroniqueur sur RTL et France 5, Anthony Bellanger est ce qu’on appelle un curieux. Il était mercredi dernier l’invité de La Nouvelle Internationale de Nova, et nous a dressé une cartographie des droits des homosexuels dans le monde, à l’heure du débat sur le mariage pour tous en France.

88 pays dans le monde condamnent encore l’homosexualité – six pays en font toujours un crime passible de la peine de mort : l’Arabie Saoudite, l’Iran, le Nigeria, la Mauritanie, le Soudan et le Yémen.

Toute Gay Pride est interdite à Moscou jusqu'en ... 2112

Dans ces Etats, la pénalisation de l’homosexualité découle directement de la religion : puisqu’il s’agit de pays musulmans dont la Charia reste la source principale du droit. S’il existe tout de même un islam progressiste sur la question, il est marginal et se développe principalement en Occident.

Les législations restrictives de certains pays en matière d’homosexualité peuvent également s’expliquer par des traditions homophobes très ancrées, pour des raisons aussi bien culturelles que religieuses.

Il s’agit par exemple de l’Ukraine, où les homosexuels n’ont pas le droit de manifester – le Parlement ukrainien a adopté récemment un texte interdisant toute promotion de l’homosexualité. En Russie, les Gay Pride sont régulièrement empêchées ; celle de Moscou est même interdite jusqu’en…2112. En Pologne, pas de lois homophobes mais le poids de l’Eglise catholique et de l’extrême droite empêche toute avancée législative, notamment en ce qui concerne les lois anti-discriminatoire. Toute mobilisation de la communauté LGBT donne lieu à des contre-manifestations généralement organisées par des groupes d’extrême droite.

Pas d’inquiétude : il existe des endroits où il fait plutôt bon vivre pour les homosexuels.

L’Europe de l’Ouest en général est plutôt bien lotie, puisque à l’exception de l’Italie, tous les pays ont mis en place au moins des pactes d’union civile. Les pays du Nord de l’Europe sont particulièrement en avance : Suède, Danemark, Belgique, Pays-Bas ont tous autorisé le mariage gay. Ils n’ont cependant pas le monopole du progressisme et de la tolérance : il y a presque dix ans que l’Espagne et le Portugal, pays latins, ont accordé le mariage pour tous.

En France, pas encore de mariage gay même si ça ne saurait tarder. En attendant, les couples homosexuels doivent se contenter du PACS, l’union civile à la française. La bataille politique pour la reconnaissance juridique du couple homosexuel a commencé au début des années 90, quand Jean-Luc Mélenchon dépose au Sénat la première proposition de loi concernant un « contrat de partenariat civil ». Il sera suivi de Jean-Paul Pouliquen avec son CUC (Contrat d’Union Civile), texte très progressiste au nom rigolo qui n’aboutira pas. Presque dix ans plus tard, en 1999, c’est finalement le PACS qui sera adopté.

Mais l’Europe n’est pas la seule contrée favorable aux droits des homosexuels. L’Afrique du Sud, hé oui, est devenue en 2006 le 5ème pays au monde et le premier en Afrique à autoriser le mariage gay.

L’Amérique Latine n’est pas en reste, et on l’oublie trop souvent : en Argentine, les homosexuels peuvent se marier depuis 2010 ; l’union civile existe au Brésil et en Colombie, le district de Mexico reconnaît le mariage gay…

Qu’en est-il des Etats-Unis ? La question du mariage relève pour l’instant du droit des Etats, et Obama comme Romney ont soigneusement évité le sujet pendant la campagne. Si Obama s’est prononcé cette année en faveur du mariage et de l’adoption pour tous, il a précisé que c’était à titre personnel, le sujet étant particulièrement sensible dans l’Amérique puritaine.

Sept états ont à ce jour autorisé le mariage gay : l’Iowa, le Connecticut, le Massachusetts, le Vermont, le New Hampshire, le Maryland et l’état de New York, ainsi que la ville de Washington DC. Le mariage gay au niveau fédéral, ce n’est pas pour tout de suite : le Congrès est dominé par les Républicains et une bonne partie des Démocrates ne veulent pas en entendre parler.

Cependant, il faut noter que les avancées législatives au pays de l’Oncle Sam sont souvent initiées par de petits états avant d’être finalement reprises par l’Union. Un long processus donc, mais une issue quasi-certaine.

Pour l’instant, 11 pays au monde garantissent donc aux homosexuels le droit de se marier au même titre que les couples hétérosexuels ; beaucoup plus proposent une union civile ouverte aux couples gays, parmi lesquels un nombre croissant commence à débattre de l’éventuelle légalisation du mariage gay.

Cette tendance mondiale se produit au grand dam de l’Eglise Catholique, qui n’est pas contente et le fait savoir. En France, le cardinal Barbarin voit dans le mariage gay « la porte ouverte à la polygamie et à l’inceste » ; Mgr Vingt-Trois parle quant à lui du « mariage de quelques-uns imposé à tous » et appelle les chrétiens à se mobiliser contre le projet de loi.

Une frange de l’Eglise se montre cependant plus ouverte aux droits des gays. Dans le Nord de l’Europe, là où contrairement à la France le mariage religieux vaut le mariage civil, les couples homosexuels peuvent se marier à l’Eglise. En Suède, la loi prévoit même que si le prêtre refuse de célébrer un mariage gay, c’est à l’Eglise de trouver un curé qui accepte de consacrer l’union.

Anthony Bellanger souligne l’hypocrisie de l’Eglise sur le sujet : c’est selon lui une institution qui a fait du recrutement gay-friendly un de ses fers de lances, « cela permettant d’éviter le problème du mariage et de l’engrossement des bonnes du curé ».  Pourquoi alors se voiler la face et continuer de considérer l’homosexualité comme un pêché ? 

Quoi qu’il en soit, pas sûr que la voix de l’Eglise soit aussi importante en la matière qu’elle a pu l’être par le passé, tout du moins dans notre vieil hexagone. La liste des pays ayant autorisé le mariage gay peut donc s’attendre à compter bientôt un pays de plus.