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Pimp my museum

Pimp my museum

ou comment (ré)inventer le musée du futur

Par Mathilde Serrell et Camille Diao

Il y a quelques années encore, les musées semblaient prisonniers du passé : des lieux enclaves, renfermant de vieilles œuvres à observer de loin, sans toucher et en silence. Bref, interactivité zéro, carrément old-school et parfois franchement ennuyant – le cauchemar absolu des -12 ans.

Et puis Internet et les nouvelles technologies sont arrivées. Certains musées y ont vu un bon moyen de revitaliser l’expérience muséographique et d’entrer dans la modernité. A coups de catalogue en ligne et de QR codes à flasher pour obtenir des explications sur les œuvres, la technologie a commencer à se manifester au sein du musée. Un peu plus rigolo et interactif certes, mais souvent pas grand-chose de neuf – et accessoirement un peu discriminant pour les non-possesseurs de smartphones.

Aujourd’hui, les choses vont plus loin, et c’est de multiples manières que les musées tentent de se réinventer.

Via leur présence sur Internet par exemple. Les musées virtuels sont en plein essor ; le Google Art Project qui permet de se balader dans les couloirs des musées comme sur Google Streetview est l’un des projets les plus aboutis. Découvrir les collections permanentes du musée d’Orsay sans bouger de son petit fauteuil est désormais chose possible – pratique, même si probablement néfaste pour le taux d’obésité des français.

 

Début octobre, un nouveau venu faisait son apparition sur la toile muséale : le Centre Pompidou Virtuel. Une plateforme qui se veut un outil d’un genre nouveau, un modèle pour les sites web de musées à venir.

Ne se limitant pas à un simple catalogue en ligne ou à une information sur les expositions en cours, le site offre un contenu très riche : accès augmenté à l’ensemble des collections, aux expositions passées comme à venir, possibilité pour les utilisateurs de commenter et d’enrichir eux-mêmes le contenu. On y navigue par mots-clés et liens hypertextes, selon le principe du web sémantique. Le but : créer un espace de partage et de connaissances dans lequel tous les contenus produits par Beaubourg sont mis à disposition du public.

De bonnes intentions donc, mais une pluie de critique dès sa mise en ligne : en effet, la navigation est peu intuitive, et le contenu foisonnant du site se retrouve presque invisible, difficile à trouver sans recherche poussée. Une vraie barrière pour le visiteur lambda.

Mais le musée se réinvente également IRL. On peut citer par exemple le Muséolab, initiative lyonnaise fruit d’une collaboration entre le musée Confluences et le centre Erasme. Sorte de laboratoire d’idée et d’expérimentations, il est chargé d’imaginer l’expérience muséale de demain, en travaillant sur les usages, les parcours, les types de médiation.

L’idée est de confronter tous ces nouveaux concepts à l’épreuve de la pratique, afin de distinguer les fausses bonnes idées qui n’apportent rien de celles qui fonctionnent vraiment. Nouvelles interfaces, personnalisation, transmission des savoirs par la technologie, espaces  interactifs : autant de sujets que le Muséolab a explorés.

 

D’autres initiatives, plus alternatives et participatives, ouvrent enfin la voie au musée de demain. Et par exemple le Muséomix, dont la deuxième édition s’est tenue à Lyon la semaine dernière (ci-dessous)

L’idée : réunir amateurs et passionnés de culture, professionnels des musées et acteurs de l’innovation et du numérique pour tenter d’imaginer un musée ouvert où chacun trouve sa place, une musée vivant qui évolue avec ses utilisateurs, un musée en réseau auprès de ses communautés.

Les participants ont eu trois jours pour créer et expérimenter de nouveaux dispositifs de médiation culturelle, mais aussi favoriser le déploiement d'une intelligence collective en encourageant le travail collaboratif, et amorcer ainsi une évolution des pratiques de l'institution muséale toute entière.

Le résultat de ces 3 jours de Muséomixage, 10 prototypes réalisés par les 10 équipes participantes, est encore visible au Musée Gallo-Romain de Fourvière jusqu’au 28 octobre.

 

Initiative spontanée mais similaire dans ses mécanismes : la Responsive Museum Week, lancée un peu par hasard le 15 octobre par le graphiste Geoffrey Dorne et le créateur de communautés Julien Dorra, et racontée en détail sur Owni.fr.

Cette fois-ci, il s’agit de remixer les sites Internet des musées : toute personne maîtrisant un peu le code CSS était appellée à hacker le site de son musée préféré afin de le rendre adapté aux différents supports mobiles : téléphone, tablette, etc.

Des webdesigners ont donc optimisé gracieusement, quoique sans autorisation, l’interface des sites du Centre Pompidou, du Palais du Tokyo ou encore du Muséum Aquarium de Nancy ; le résultat ici.

Pas d’application payante, de considération politique ou stratégique, de question d’argent : les utilisateurs prennent eux-mêmes leurs musées en main pour en recentrer l’expérience sur l’utilisateur.

Car c’est bien l’utilisateur qui doit rester au centre de la révolution du musée. Et il est probablement le plus à même de déterminer quelle direction cette révolution doit prendre – d’où l’intérêt de telles initiatives.

 

Alors retroussons nos manches et remixons nos musées !