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De Gaulle, des Pin-ups et des étoiles

Découvrez la sélection bd de David Blot !

Par David Blot

 

« Le Château Des Etoiles » (Rue de Sèvres Editions) est une des bandes dessinées françaises les plus référencées et soignées du moment. Ode à l’univers de Jules Vernes et plus particulièrement aux éditions d’époque de chez Hetzel, l’oeuvre d’Alex Alice, qui maitrise ici scénario, dessin et couleur, s’apparente à du Steampunk uchronique mais bien loin du tout venant grâce au soin maniaque et rigoureux apporté à l’ensemble. Voyage en ballons jusque dans l’espace à la fin du XIXeme siècle sous fonds de conflits transalpins, « Le Château des Etoiles » est un sérieux bain de jouvence fignolé jusqu’à une couverture agréable au touché. 

 

 

Bien plus cynique, le trio constitué du génial Bastien Vivès d’un côté et du, déjà duo, Ruppert et Mulot de l’autre, poursuit avec « Olympia » (Dupuis), les aventures de leurs cat’s eyes parisiennes, sexy et modernes, cambrioleuses casse cou de musées prestigieux. Cynique parce qu’un peu facile, chic, choc et branché, et pourtant, c’est avec une réelle jouissance qu’on suit ce grand n’importe quoi drôle et abusé. Enthousiasmant et roublard. Et puis c’est joli, quand même, les filles. Le dessin aussi, bien sur. 

 

Après ces étoiles et ces demoiselles, le « Cher Pays de Notre Enfance » de Davodeau et Collombat chez Futuropolis aura le mérite de nous faire retomber sur nos pieds. Et salement. Reportage sérieux et rigoureux, l’ouvrage nous plonge dans les méandres du SAC, le service d’action civique construit par De Gaulle (c’est lui, ensanglanté, en couverture) qui prospéra jusqu’au début des années 80, avec des Pasqua ou Foccart de sinistre mémoire. Ou l’on plonge dans les officines assassines de la France des « trente glorieuses » peu glorieuses, la tuerie d’Aurioles, le suicide trafiqué du ministre Boulin, période cachée et vile de notre passé national. Le degré d’exigence de l’enquête est digne du meilleur reportage, et Davodeau s’impose comme l’un des grand professionnel de la mise en scène de témoignages. Un exercice pourtant pas facile - on peut même se demander ce qui l’attire dans cette expérience graphique aride, on est loin des châteaux dans le ciel d’Alex Alice. 

 

 

Maintenant qu’on a plombé l’ambiance, achevons la complètement. « Est-ce Qu’on Pourrait Parler d’Autre Chose » chez Gallimard, est ma bd favorite de cette saison. Le sujet ? Oh des broutilles, du léger : la vieillesse des parents, leur mise en maison de retraite et finalement, leur mort. Et c’est pourtant, drôle, vraiment drôle, et bien vu. Ecrite et dessinée par Roz Chast (l’une des rares bédéastes du vénérable New Yorker), cette mise en bière documentée de ses propres parents est redoutable dans son obstination à ne rien cacher, même le plus dur, tout en y trouvant à chaque scènette de quoi affronter la situation avec humour. La presse sérieuse est enthousiaste (Le New York Times, le Guardian ou le Washington Post y sont tous aller de leurs louanges) et parle d’humour noir, mais à tort, c’est juste personnel, trivial, tragique mais drôle. Ce n’est pas les Monty Python, c’est la vie.