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Les nouveaux publiphobes

Les nouveaux publiphobes

Retour des antipubs pacifistes. Panorama d'artivismes.

Par Mathilde Serrell et Camille Diao

Vous avez raté la chronique « Culture en résistance » de Mathilde dans le Grand Mix ? Pas d’inquiétude, voici une séance de rattrapage.

Lecteur parisien, à moins de vivre enfermé ou de ne te déplacer qu’à pied/en vélo/en segway, tu as probablement remarqué que les messages anti-publicité fleurissent ces derniers jours dans les couloirs du métro, sur les quais et même dans les rames. Tu t’es même peut-être demandé pourquoi un tel regain d’hostilité envers ces grandes affiches qui ornent nos stations.

Il s’agit en fait d’une action du collectif antipub Les Reposeurs, initiée le 13 octobre et qui prendra fin ce vendredi.

Plus grande action non-violente anti-publicitaire jamais organisée en Europe (selon les dires du collectif), elle vise à dénoncer l’omniprésence de la publicité dans le métro – le  métro parisien est le plus « empubé » du monde, l’agression visuelle qu’elle constitue et l’incitation à la surconsommation qui en découle.

 Leur méthode se veut “ciblée et non-violente” et donc complètement légale, contrairement à d’autres groupes anti-pub qui collectionnent les procès du fait de leurs moyens d’action plus radicaux – arrachage, tags et barbouillages, dégradations d’écrans numériques. C’est par exemple le cas des Déboulonneurs, qui attendent un nouveau verdict aujourd’hui même.

Les armes des Reposeurs sont donc légales : du ruban adhésif invisible, des feuilles de papier et des réseaux sociaux. Ils ne craignent ainsi aucune poursuite.

Ils donnent dans la poésie – « La pub fait dé-penser » ou « Après l’appât, le hameçon » – et le graphique : des nuées de post-its en forme d’aide mémoire publiphobe, des feuilles blanches de format 50x70cm pour souligner le format excessif des affiches publicitaires.

« 50 x 70, c’est bien assez, la preuve vous avez vu cette affiche » : un format qui incite le public à s’approcher pour recueillir l’information au lieu de lui imposer son message (et souvent son sexisme) en pleine tête. Le tout peut être retiré rapidement, sans causer aucune dégradation.

 Chaînes de mails à l’ancienne, évènements facebook, hashtag #reposeurs : le collectif se sert du web 2.0 pour mobiliser le citoyen lambda et l’inciter à relayer voire à épouser son combat.

Leur site web se veut un véritable mode d’emploi pour passer à l’action antipub dans les règles de l’art : 10 principes à suivre, des modèles de slogans à imprimer, les trucs et astuces du bon reposeur… Et même une vidéo explicative un peu cheap qui surfe sur la vague The Artist :

 Mais les Reposeurs ne sont pas les seuls : les projets et actions antipub fleurissent ces temps-ci et rivalisent de créativité pour nous inciter à réfléchir sur la publicité et ses conséquences.

De manière assez spectaculaire quoique pas très légale, le collectif Planka a retiré en janvier dernier l’ensemble des publicités de plusieurs stations et rames de métro à Stockholm. Le résultat : des transports en commun à l’ambiance étrange, des murs qui paraissent tout nus, des cadres vides qui nous rappellent en creux l’omniprésence de l’imagerie publicitaire dans l’espace public.

Faire taire la publicité de manière simple et rapide : c’est l’idée du Pop-Down Project, qui amène un peu de web culture in real life pour mieux souligner la médiocrité de certaines pubs.

Un sticker rouge avec une croix blanche, un message qui vous invite à « fermer cette fenêtre » et c’est parti ! Le projet rétablit IRL la liberté de faire disparaître une pub intempestive, comme l’on ferme une fenêtre pop-up sur Internet. Un geste qui reste bien évidemment symbolique, mais qui permet de manifester son agacement de manière inventive et subtile plutôt que violente et moche. On verse alors plutôt dans l’artivisme – enfant rebelle de l’art et de l’activisme.

Les pop-downers ne rejettent pas en bloc la publicité, mais se font plutôt les apôtres d’une publicité créative et de qualité, ainsi que de la liberté de non exposition.

Parce qu’il ne faut pas oublier que la publicité est avant tout une industrie créative et que ce qu’elle produit fait partie de notre patrimoine culturel – même si cela ne saute pas aux yeux dans 90% des cas, la publicité peut-être innovante, drôle et constructive. La publicité, c’est également un secteur qui emploie, et évidemment un bon moyen de faire chauffer la marmite dans les médias.

Militer pour une pub plus respectueuse, moins bête, plus créative, plus utile, plutôt que de s’en prendre à elle comme l’incarnation du mal absolu de notre société, est probablement la meilleure des solutions : le Pop-Down Project l’a bien compris.