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La Taverne de la Jamaïque

La Taverne de la Jamaïque

Hitchcock, le pirate ? Un de ses films confidentiels est réédité.

Par Jean Rouzaud

Dernier film de Hitchcock avant son départ pour l’Amérique en 1939, cette curiosité a été produite avec Charles Laughton, qui est aussi le réalisateur de l’inoubliable « Nuit du chasseur » et qui campe un Lord monstrueux. Production anglaise impeccable, chaque plan est un tableau, comme un livre d’images au cadre parfait :  la falaise, la diligence, l’ingénue (Maureen O’Hara), la taverne maudite, les éclairs dans la nuit…

Tiré d’un roman de Daphne du Maurier, mais transformé en aventure à la Stevenson, on suit l'histoire d'une bande de naufrageurs qui trompe les navires en les attirant sur les récifs - on est en Cornouailles - , côte sauvage battue par les flots de l’océan furieux. Tout y est, et même un enquêteur espion, infiltré chez les malfrats de l’auberge, mais c’est la fille, qui débarque et qui va tout exploser. Le héros qui sauve, agit, dénonce, se bat contre les forbans, c’est elle, l’innocente !

C’est très Hitchcock, un peu pervers, la fragile créature contre les monstres : elle sera attachée et bâillonnée façon SM, battue mais désirée… Par le Lord qui rappelle les manières de Hitchcock lui-même : snob, prétentieux et méprisant. Incroyable, cette aventure distordue est aussi une charge contre l’aristocratie british en ce début du 19 eme siècle : l’ égoïsme et la cruauté des riches, la condition misérable des pauvres crève la faim… Et Hitchcock en provocateur.

 

Il n’aimait pas ce film, Charles Laughton avait imposé trop de choses, mais il y campe un personnage inoubliable de  bizarrerie, de perversion et de snobisme. Déjà, dans ce film qui a l’air vieux sans l’être, apparaît la mécanique implacable à la Hitchcock : La réalité organisée et huilée se met à se détraquer, le facteur humain, l’accident, le grain de sable qui fait sauter le mécanisme.  

C’est une façon de voir la vie et les gens et comment les êtres sont  parfois à l’inverse de leur existence ou de leur apparence. Vision moderne et aventureuse. Hitchcock aimait détruire, faire tout sauter, les consciences et les destins.

Est ce qu’un lord criminel , rusé et voleur peut choisir le panache d’un vol plané ? 

Oui, dans le taverne de la Jamaique .

 

 

 La taverne de la Jamaique D’Alfred Hitchcock . ( 1939) Réédition Carlotta . 

Version Restaurée. N&B. 99 mn