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A propos de "Splendeurs Et Misères (des courtisanes)"

A propos de "Splendeurs Et Misères (des courtisanes)"

Le X au musée ?

Par Jean ROUZAUD (moraliste pigiste)

La grande exposition du musée d’Orsay s’attaque à un sujet énorme et jamais résolu, mais qui devait se produire dans un lieu dédié au 19eme siècle, époque de la bourgeoisie triomphante, et du petit peuple français laborieux, surexploité, chassé des campagnes par la misère.

La prostitution, ici titrée « splendeurs et misères », avec comme sous-titre : images de la prostitution 1850-1910, est donc peinte, photographiée, écrite, filmée, rapportée, mais toujours avec la transposition qu’exige la bienséance, puisque même les photographies sont des reconstitutions.

Car pour ceux qui ont lu Pierre Louys, ou Emile Zola, et pas seulement Baudelaire ou Verlaine, comment ne pas voir, en horrible et permanente surimpression, l’abcès purulent de cette exploitation banale du corps ?

Que les peintres, comme des magiciens, aient réussi à traiter avec grâce, panache ou légèreté, ces compromissions et cette cruauté, n’empêche pas les spectres de la tuberculose et de la syphilis de planer majestueusement sur tout ce demi-monde. 

D’ailleurs l’exposition ne cache pas les horreurs du thème choisi, ce qui aurait été impossible, et offre une bonne part aux documents. Ce qui est plus fou, que les peintres et les auteurs du 19eme se soient complus dans cette atmosphère, considérée comme excitante et moderne !!! (le plus vieux métier du monde, moderne !...)

Je pense, moi, que la vie bourgeoise ou laborieuse de cette époque pré-industrielle, était si horrible que les bordels et autres salons paraissaient des havres de plaisir, à côté du quotidien si dur. Même les petits seigneurs et autres nantis, trouvaient à l’hôtel de passe une chaleur et une vie, absente de leurs intérieurs rococos, avec épouse confinée en corset, domestiques relégués et enfants délaissés.

C’est donc par une dérive désastreuse de l’histoire, et la naissance de l’exploitation de masse dans les ateliers, usines, mines, fabriques du capitalisme naissant, que même une ouvrière ou une domestique devait se laisser sauter par un petit patron ou son fis, pour pouvoir survivre ! 

 

La vraie toile de fond de cette exposition, c’est ça : enfants dans les mines et femmes dans les rues, ruinant leur corps pour le confort malsain d’une petite portion de classe dominante sans aucune pitié.

Tous les hommes rêvent de la pute au grand cœur, de la femme fatale animale et élégante, de la fille libre et savante qui vend son corps expert de manière avisée, qui choisit ses clients avec classe et discernement…Mais tous ceux qui ont ne serait-ce que flirté avec la chose, savent que cela n’existe qu’à un pourcentage infime. Quelques artistes soulèvent quand même clairement le voile du cauchemar (Rops, Steinlen, Munch, Rouault, Pascin…)

Cette exposition, avec sa beauté et sa quantité documentaire, ne peut oblitérer que cette activité éternelle de payer pour jouir d’un corps - sans volonté autre pour celui-ci que de payer sa survie, sa nourriture - reste marquée d’une certaine infamie. 

Mais elle a le mérite de nous renvoyer, hommes et femmes, à notre nature dite humaine, mais cette fois pour le moins, ambigüe…

_ Splendeurs et misères . images de la prostitution 1850 -1910 .

Musée d’Orsay . jusqu’au 17 janvier .

_+ DVD ARTE Editions . Cocottes et courtisanes dans l’œil des peintres . Doc de Sandra Paugam. 52 mn . VF et VA . Sous titres et stéréo