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Berlin avant la techno

Berlin avant la techno

Du post punk à la chute du mur, raconté dans un livre.

Par Jean Rouzaud

Folle période inconnue que cet intervalle vers 1979-80 (et après) ou les berlinois - isolés dans une ville à moitié en déshérence -, ont recommencé à créer sous le choc de la vague Punk anglaise. Le livre de Frédéric Sisnal Berlin avant la Techno, tente de reconstituer la scène émergente à Berlin ouest, en faisant parler les acteurs pionniers de ce mouvement qui allait finir en Techno allemande. 

A peine remis du Krautrock : Tangerine Dream, Klaus Schulze, Kraftwerk, Ash Ra Tempel, Can, Neu, Popol Vuh et Florian Fricke etc… nos Allemands écoutaient encore Beefheart , Eno ou du Prog Rock, quand la vague Punk est arrivée. Bien qu’intéressés par le rock speedé des Anglais et par leurs cris anarchistes, les vrais teutons - romantiques et intellos à la fois -, jugèrent le message punk un peu court et la musique bien pauvre. Même Nina Hagen resta une walkyrie, sans jamais copier Siouxsie ou Polly Styrene ( X Ray Spex) .

Car l’idée forte est que les Allemands sont de très bons musiciens, performeurs, dans le sens Expressionniste, très théâtraux, et n’ont pas perdu leur fibre Dada !

Les témoignages de Blixa Bargeld, Gudrun Gut, Jaki Eldorado, Beate Bartel, Mona Mur, Kiddy Citny et tous les autres… montrent la volonté de tous ces artistes de faire quelque chose de neuf, de fort, de radical : du Punk à l’allemande !

 

 

Le groupe phare Einstürzende Neubauten (bâtiments neufs détruits !) utilisait des marteaux piqueurs, perceuses, plaques de métal, tuyaux d’aération, bidons et barres de fer, et tous ceux qui les ont vus n’ont jamais oublié la déflagration de leurs shows. 

Mais les filles de Malaria ou de  Mania D n’ont rien à leur envier : ces amazones souvent très belles, aux yeux charbonneux et aux cheveux en épis ont aussi ému par leur présence, l’air tout droit sorties de tableaux d’Egon Schiele, Otto Dix ou Max Beckmann. On ne peut comprendre la « Germanie » qu’à travers son Art.

 

 

Cette scène berlinoise inspirée attirait alors des gens aussi différents que Genesis P Orridge (de Throbbing Gristle), Nick Cave (Birthday Party puis Bad Seeds), Lydia Lunch (Teenage Jesus) ou David Bowie et Iggy Pop en quête de renouvellement.

Partant de rien, dans une ville en ruines, ce sont eux qui ont relancé l’intérêt pour cette vieille capitale du cabaret, en improvisant concerts, vêtements, peintures, performances.  Utilisant la récupération et le « Do It Yourself », sortant  leur musique en cassettes audio…Squattant les lieux anciens et grafittant le béton.

Le livre, fait de courts témoignages, comme une mosaïque de souvenirs, d’opinions, de détails techniques, est très émouvant. Ces bandes de post punk « Arty », unis comme un famille,  dans leur dénuement et par leur culot,  nous font revivre une période très méconnue.

Une drôle d’aventure bizarre de l’Art, sous la guerre froide, faite de rupture, de courage et d’intransigeance.  

 

_ BERLIN AVANT LA TECHNO de Frédéric Cisnal. Du post punk à la chute du mur.

Editions LE MOT et le RESTE . 250 pages . Illustration en N&B . 21 Euros.

*PS : 

et l’étape suivante technoide (déjà racontée sur Novaplanet ) se trouve  aux éditions Allia sous le titre DER KLANG der FAMILIE .