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VIERGE SOUS SERMENT

Vierge sous serment : un bordel existentialiste

Tu seras un homme, ma fille.

Par Alex Masson

 

La tradition du kanun ça vous dit quelque chose ? 

Dans les montagnes entre l'Albanie et le Kosovo, on pratique encore ce rite qui permet aux femmes de devenir l'équivalent des hommes. Littéralement: à la condition de jurer de rester célibataire et vierge, elles seront considérées comme des égales : portant le pantalon, un prénom masculin et ayant le droit de chasser.

Hana une gamine adoptée par son oncle est ainsi devenue Mark aux yeux de la communauté. Sa cousine Lila, elle a pu fuir en Italie pour éviter un mariage arrangé. Des années plus tard, quand l'oncle meurt, Mark quitte ses montagnes et débarque chez Lila, à Milan. Pour la revoir et sans doute inconsciemment pour qu'elle l'aide à redevenir Hana.

Qu'on ne s'y trompe pas, Vierge sous serment n'est pas un Boys don't cry bis, pas un film autour de la question du transgenre. Laura Bispuri parle bien plus d'une transformation culturelle que physique. Il est bien question d'identité ici mais surtout sociale, européenne avant d'être sexuelle.

Pas d'aller-retours dans les slips de Mark/Hana mais une étude de la condition féminine, de ce qui la constitue aujourd'hui. En parallèle des retrouvailles de ces deux cousines devenues demie-soeurs, il y a l'émancipation de Jonida, la fille ado de Lila, elle coincée entre ses habitudes d'italienne urbaine et le poids de ses origines rurales.

Elle aussi est sous le joug de certains canons sociaux, ceux qui régissent la natation synchronisée, ce sport qui enferme les nageuses dans une vision rigide de la féminité, genre sois-belle et nage.

Jonida et Mark vont se soutenir dans leurs parcours respectifs vers leur équilibre personnel, celui qui permet d'affirmer qui on est.

Vierge sous serment va bien au-delà d'un pitch intrigant : en racontant la réconciliation entre des modes de vie ruraux et urbains,  entre le monde de l'enfance et celui des adultes, le film de Laura Bispuri accompagne bien plus que ces deux femmes dans leur lutte contre les étiquettes sociales - il raconte le bordel existentialiste avec lequel le monde actuel doit se dépatouiller. 

Mieux , il propose une remise à plat en indiquant qu'il existe sans doute une troisième voie, quelque chose capable de se soucier autant du féminin que du masculin. Il est alors finalement bien question de genre dans Vierge sous serment : du genre humain. 

En salle le 30 septembre