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Cinémacho des sixties

Les Héros sont fatigués.

Par Jean Morel

 Fin des années 60 : une vague de cinéma populaire débridée veut fourguer toutes sortes de vieux succès .. La « blacksplotation », mais aussi de l’érotisme, des polars.. et du film de guerre .. au mètre.

 Ce que Tarantino nous a refourgué dans « Inglorious Bastards », - un parfum de nostalgie de la guerre de 1940-, les italiens l’avaient déjà commis avec un semblant de « nazisplotation », en 1969 !

En tête d’affiche, c’est KLAUS KINSKI qui s’y colle, déjà adoré en méchant schizo dans les westerns spaghettis, et le revoici, tantôt soldat US dévoyé , tantôt officier allemand cruel, pendant la campagne d’Italie. 

Vaguement copié sur les 12 salopards de Robert ALDRICH (1967), « Deux salopards en enfer » : absurde dérive de 2 soldats US condamnés à être fusillés, puis devenant des héros malgré eux, rebelles sans cause, très fâchés avec la société.

( Deux flashbacks nous apprennent que Kinski est fils de prostituée et George Hilton a vu sa mère violée…)

 

 

Quant à "Cinq pour l’enfer" , c’est le coup de la mission à haut risque. Sauf que les italiens décomplexés donne à cette bande d’étranges G.I. des armes fantaisies : un mini TRAMPOLINO  ( ! ) pour sauter par les fenêtres du nid de nazis, et une BALLE de base-ball ( ! ) pour assommer les gardes à distance !!!  C’est le côté cirque Zampano…

Et une scène que l’on pourrait considérer comme une cerise, si le film était un gâteau : en pleine chambrée de durs commandos américains, un beau blond, teint et bronzé à la lampe, se lance dans une danse avec entrechats et virevoltes, aussi inattendue qu’absurde !!!

 

KINSKI en grand uniforme Wermacht n’est pas convaincu, il se traine et lève le bras sans conviction : il sera tué comme dans l’autre film, car c’est son destin de méchant dans presque tous ses films.

On imagine un italien sixties, emmenant sa fiancée voir ces films virils. (Mais Kinski n'a droit qu'à 2 petites scènes de baisers avec une jolie partenaire figée.)

Qu’avaient dans la tête ces producteurs et ces réalisateurs, qui ont petit à petit tué le cinéma italien avec ces films propres mais désincarnés, ces scénarios poussifs s’adressant à des enfants de 12 ans ?

Dans ces films, les soldats allemands se font flinguer par rafales, comme au stand de tir de foire.  La guerre s’y déroule mollement entre tanks et grenades. C’est du WESTERN- guerre, et il y a un parfum de nostalgie dans ces imitations de combats.  

L’explication tient dans la mentalité de cette décennie charnière : en face de la LIBERATION (sociale et sexuelle) qui pointait, et contre la jeunesse contestataire, une dose de scènes bien violentes, machistes et réactionnaires faisait équilibre pour les foules du samedi soir .

Sauf que la foi n’y était déjà plus. 

Deux rééditions chez ARTUS film en DVD ( avec VO, VF, et bonus)

_ Deux salopards en enfer . de Gianfranco Parolini ( 1969)

_ Cinq pour l’enfer . de Tonino Ricci ( 1969)

 ( Article en souvenir de Klaus Kinski ( 1926-1991) pour l’ensemble de ses efforts, face à un cinéma ingrat, et à des critiques acerbes. Aguirre, Nosferatu, l’important c’est d’aimer, Fitzcarraldo, Woyzeck..)