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Fairyland : l'envers du décor

Américaine et pauvre.

Par Jean Rouzaud

Les éditions Globe viennent de publier le récit inhabituel des souvenirs d’une enfant , Alisya Abott, en Californie pendant les années 80 et 90 …En pleine Libération, c’est un autre angle de Haight Ashbury , loin de la légende de l’avenue des hippies.

Bien que titré Fairyland, le pays des fées, miss Abott nous raconte en fait la communauté homo de San Francisco, les célèbres Cockettes, premières Drag Queens des début seventies. Car dès 1968, la fin des hippies (véritables) est déclarée et le quartier Underground de San Francisco est devenu un ghetto de cas sociaux.

La petite Alysia va perdre sa mère (drogue puis accident) et son père va devenir un militant gay, cœur d’artichaut et loser, qui va la faire survivre au milieu d’ homosexuels adeptes de drogues et de poésie. Car Steve Abott est fan des poètes beat (homosexuels) comme Allen Ginsberg et Lawrence Ferlinghetti , qui avait créé la célèbre librairie City Lights , où Jack Kerouac, William  Burroughs , Gregory Corso et bien d’autres lancèrent le grand mythe BEAT GENERATION.

C’est donc un long récit doux amer que l’enfance et l’adolescence triste de cette enfant , qui veut à toute force aimer son tendre père, mais ne peut s’empêcher d’en voir les aspects immatures et égoïstes, qu’elle subit à longueur de journées.. et de nuits.

Car son poète de père la traine partout dans les bars homos, lui inflige des petits amis à la file, dont un seul s’avèrera aimant pour l’enfant frustrée.. et rejetée par une communauté qu’elle gène.

Cette histoire détaillée, à hauteur d’enfant puis de fille sensible et distanciée , a le mérite de raconter une autre Amérique : la fin des illusions gauchistes, puis la fin du rêve homo avec le sida, et même une Amérique pauvre, et dure pour les rêveurs, en fin de siècle.

C’est en jeune fille désargentée, fille au pair, garde d’enfants .. Que Alysia vivra à New York et Paris . Le plus souvent seule, ou dans des foyers, aidée par des patrons et employeurs compatissants .

Mais la même gentillesse et douceur qui a perdu son père, donne a son récit une sorte de balancement, entre décalage et réflexion, sur le monde des gens normaux , auquel elle réalise qu’elle n’a pas accès. Elle n’a pas eu de mère, de vie de famille et son père meurt du sida.

Alysia Abott dit elle même que ce « backstage » de la vie, cette Amérique malheureuse, avec ses quartiers, ses ghettos, ses dérives, les attaques puritaines, la violence qui s’installe même dans les coins cools, n’est presque jamais racontée .

Il y a des moments tragi comiques: son père tente de caser ses B.D. homos, dans le comics underground ZAP, à son ami S. CLAY WILSON, célèbre dessinateur d’orgies de Bikers et de Hells !  ( ou bien une coloc censée lui servir de sœur, finit par rejoindre un gang latino…)

Même chez les poètes californiens, la vie est dure. 

FAIRYLAND . Un père homosexuel et sa fille à San Francisco dans les années 70 . Par Alysia Abott . 380 pages . 21 euros 50.