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Pour Japonophiles avertis

Pour Japonophiles avertis

Nagisa Oshima, le Radical.

Par Jean Rouzaud

Ce n’est qu’ au mlieu des années 70 que NAGISA OSHIMA, un des grands réalisateurs japonais, va se faire connaître mondialement avec L’EMPIRE DES SENS (1976), puis FURYO (1983).

Car, pendant les 15 années précédentes , il a déjà conquis son pays avec des films d’auteurs sérieux, politiques, engagés et radicaux. En 1960, il aligne 3 films : Contes cruels de la jeunesse, L’enterrement du soleil, Nuit et brouillard au japon!

Après la guerre de 40, le japon est bouleversé, brisé. Car le pays a fait au moins 3 guerres : L’envahissement de la Chine et de la Mandchourie, celle de Corée et celle du pacifique qui se terminera par 2 bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki !

Leur empereur a signé la reddition avec les américains et renoncé à son droit DIVIN ! Oshima va tenter de raconter ce passage du japon ancien, féodal et militaire, au japon moderne. Il ne supporte pas l’occupation américaine au japon.

Dans Le piège ( 1961) , il raconte comment soldat afro américain capturé devient une bête de somme pour des paysans japonais ! Il cherche l’identité japonaise. Dans les années 60 il participe à tous les mouvements d’avant-garde. Il s’intéresse à l’Art, la politique, le sexe, la littérature engagée.

Dans Journal d’un voleur de Shinjuku (1968) il réalise un film presque SITUATIONNISTE, expérimental, parfois improvisé, avec des manifestations, du théâtre, des débats, des questions d’identité et de libération : sexe, désordre et contestation permanente. Car le japon a eu son mai 68, avec combats de rue et militants armés et casqués. La rigidité traditionnelle en fut fêlée.

 

 

En 1971,  avec La Cérémonie , Oshima dénonce les clans, ces grandes familles qu’on appelle « Maisons », ou les plus vieux dominent et ou l’on vit tous ensemble.  Enfants naturels, conflits, incestes, suicide… sont la trame d’un film hiératique, figé, fait de banquets et de réunions rigides ou l’on lave son linge sale en famille, mais dans les codes japonais…

Le côté unique de Nagisa Oshima, c’est qu’au cours de sa carrière, il a ressemblé à  Roberto Rossellini en faisant du neo-réalisme, puis à  Jean Luc Godart avec de la nouvelle vague, puis à Roman Polanski avec des films angoissants et même à David Lean avec épopée guerrière !

Il a changé de genre et d’image pour approcher ces noms (qui servent  ici de repères de genres cinématographiques ) Et pourtant, Oshima,le radical, a su se plonger dans des atmosphères paysannes, avant garde, violentes, policières, familiales , grand spectacle ou même sexuelle.

Chaque film est une démonstration de scénario, talent, rigueur et recherche de style de cinéma, pour raconter l’histoire choisie. Mais les codes japonais sont très forts et il faut s’y connaître un minimum.

Attention, on peut détester cette tension, cette lenteur, ces plans séquences interminables, malgré la beauté formelle.. Mais si vous êtes de nature contemplative, alors observez ces univers lointains …

 

Sorties en salle : depuis le 4 mars : Le petit garçon , et à partir du 18 mars ; La cérémonie – La pendaison. A Paris au Champo, au havre= les studios, sinon le réseau utopia= Lille, Grenoble, Lyon, Caen …

Coffret 9 films  ( dont 3 blu - ray) avec BONUS (utiles car ils expliquent les ressorts traditionnels ou intellectuels qui peuvent nous échapper .) Le petit garçon – La cérémonie - Journal du voleur de Shinjuku – Le piège – carnets secrets des ninjas – La pendaison – Il est mort après la guerre – une petite soeur pour l’été - Le journal de Yunboji . ) Distribution Carlotta.