Aller au contenu principal
La Soie de la Soul : Rencontre avec Silk Rhodes

La Soie de la Soul : Rencontre avec Silk Rhodes

Entretien avec la nouvelle âme Soul de Stones Throw

Par Julien Renou

Un titre, sobrement intitulé « Pains », surgissait début août et s’élevait comme l’une des plus belles bandes originales d’un triste soir d’été. Avec la sortie de leur première galette chez Stones Throw, Silk Rhodes perpétuait la longue lignée des grandes figures soul/funk du label, initiée par Aloe Blacc, Dam-Funk, Mayer Hawthorne ou Myron And E. Si ils ont commencé par enregistrer leurs premiers morceaux dans une voiture comme des punks, se branchant sur l’allume cigare, ils ont vite emménagé à Baltimore où ils ont établis leur studio. La galette éponyme qui en sort s’érige alors comme l’une des meilleures de l’année passée, avec des titres comme « Face To Face », « System » ou le soulful « Pains ». On leur a demandé de tout nous raconter. 

Crédits photos : Theo Jemison 

Comment vous êtes-vous rencontré ?

Sasha : On s’est rencontré lors d’un concert chez des amis que nous avions en commun. Il régnait dans cette soirée une atmosphère très particulière, où les gens jouissaient d’une réelle liberté dans l’expression de leurs émotions, je me souviens de cette fille qui jouait ses chansons avec des images de chat-roulette projetées sur elle …

Mike : Juste après on a commencé à tourner et voyager ensemble. Explorer tous ces lieux nous a, par la même occasion, rapproché.

Vous rappelez-vous du moment où vous avez décidé de créer Silk Rhodes ?

Sasha : Je me souviens surtout de notre première chanson que l’on a composée dans une voiture lors d’une tournée. On avait pour seule lumière, celle du plafonnier et une sampler posé a même le sol du passager. On a commencé à tourner ensemble pendant un an, sous le nom de Run DMT. Mais l’étape décisive fut probablement notre emménagement dans une maison à Baltimore où on a installé notre studio. Les premières chansons qui en sont sortis ont donné naissance à Silk Rhodes.

Mike : J’étais à la tête d’un label de cassettes, baptisé Culture Dealer. On y enregistrait des sons sur lesquels étaient écris des poèmes que l’on vendait 15 $. On a énormément travaillé ensemble avant Silk Rhodes, c’était une époque incroyable, que ce soit d’un point de vue créatif ou des expériences que l’on a partagées.

 

Cet album est majoritairement soul et funk, qu’est ce que la soul représente pour vous ? Certains artistes vous ont inspiré plus que d’autres pour cet album ?

Sasha : La soul a pour nous cette vertu d’être particulièrement honnête, elle ne triche pas. C’est une musique qui se construit à travers l’expérience humaine, puisant son inspiration dans ce qu’il y a parfois de plus dur mais aussi dans les plus beaux moments de la vie. Pour ce qui concerne les influences, on s’est inspiré de nos différentes expériences en tant qu’artistes mais aussi des musiciens tels que Top Shelf, Flickk et pas mal de démos de Prince. Ce qui  donne au disque ce son lo-fi, funk et soul.  

Mike : Le terme de soul peut revêtir plusieurs sens, que ce soit à travers une musique ou une communauté. Mais selon moi, c’est quelque chose de viscéral, que tu ne peux pas occulter et que tu dois dire.

A travers différentes interviews, on a l’impression que le voyage est un rouage important dans le processus de composition …

Sasha : Mon cerveau a besoin d’espace pour respirer. Si certains trouvent l’inspiration dans le confort ou la routine, pour ma part je la débusque sur la route. La vie m’enthousiasme toujours plus quand je pars quelque part, le champ du possible devient plus vaste. J’espère que l’on ressent cette excitation à travers ma musique.  

Mike : Voyager a toujours été primordial pour moi aussi, c’est le meilleur moyen de se connaître, mais aussi de s’enrichir.

 

 

Le titre « Pains » vous est-il, aussi, venu sur la route ?

Mike : Non, l’instrumental a été enregistré dans notre cave de Baltimore. J’ai d’abord commencé par la batterie, que joue notre ami Alex (de SENTNL), la structure et les chordes se sont fixées bien plus tard dans la nuit. Le jour suivant, Sasha a enregistré la partie vocale. Cette chanson est venue au monde assez rapidement mais on sentait qu’on tenait quelque chose. C’était vraiment agréable de travailler sur ce morceau.

Sasha : Le fait de l’avoir enregistré tard nous a fait renter dans un état hypnagogique où la frontière entre rêve et réalité se dissipait petit à petit. Ces limbes sont un territoire fantastique pour créer, tellement de chose naissent quand tu vas à la rencontre de tes rêves.  

 

 

A l’image de votre pochette, vous semblez très inspirés par les drogues, c’est pour vous un bon moyen d’aborder la musique ?

Mike : L’amour est la meilleure des drogues et la seule que l’on consomme. La musique est un bon moyen pour l’exprimer. Mais certaines drogues ont aussi de bons côtés …

Et la meilleure pour écouter de la soul ?

Sasha : Les phéromones ou du cognac

Mike : Des clopes et du LSD. (Il se reprend) Ou peut-être une bière I.P.A. (India Pale Ale) et une citronnade.

Sasha : Oh oui une citronnade.

Vous êtes signés sur Stones Throw. Leur catalogue d’artistes vous inspirait confiance pour signer chez eux ? 

Sasha : Au départ, Stones Throw n’était intéressé que par la musique de Mike en tant que Run DMT. Cela n’avait rien à voir avec ce côté soul que peut revêtir Silk Rhodes, les sons étaient bien plus psychés. (Peanut Butter) Wolf a été agréablement surpris par ce qu’on faisait et a tout de suite accroché.

Mike : Le projet est parti de « jam sessions » qu’on faisait ensemble et qui prenaient pour nous la bonne direction. Cet autre aspect de notre travail a beaucoup plu à Wolf et on a décidé de sortir ce que nous faisions sous Silk Rhodes finalement.