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CASSE

Casse - le film

Quand des carcasses de bagnoles raconte l'histoire de l'immigration en France...

Par Alex Masson

 

Une journée ordinaire dans une casse automobile: des gens ordinaires qui farfouillent dans les restes de bagnoles, finissant de les désosser pour trouver les pièces dont ils ont besoin.

Sauf que les personnes que filment Nadège Trébal ne sont pas si ordinaires que ça. ce sont tous des immigrés. Au fil du temps, ils sont devenus quasi invisibles aux yeux de la société française, et pourtant leurs histoires n'ont rien d'un quotidien tranquille.

Trebal n'insiste pas sur le contexte : on sait qu'on est en France, et que ces hommes, femmes et enfants viennent d'Afrique. Le reste passera par leur paroles. Casse ne reprend rien moins que le principe de l'arbre à palabres : une réunion de personnes qui parlent chacun à leur tour, pour raconter leur histoire, qui va finir par en constituer une plus globale.

 

 

Aucune question n'est posée, la voix est libre pour ces immigrés qui reviennent sur leur arrivée en France, leurs espoirs d'avant, leurs désillusions d'après. Trébal n'essaie même pas de s'insurger, de dénoncer quoi que ce soit. Casse n'a pas vocation à être une oeuvre de service public ou un pamphlet, juste enregistrer des témoignages qui se recoupent pour faire le portrait d'une certaine classe ouvrière d'aujourd'hui.

 
La mise en scène, calme, presque neutre - à peine si la bande-son, jazzy vient troubler le spectacle de ces glaneurs en quête d'un cable de frein ou d'un piston de moteur- impose la sensation d'être dans une discussion avec ceux qui sont filmés. Peut-être parce qu'à la longue, ils semblent oublier qu'ils le sont, parviennent à un naturel absolu qui évacue tout pathos, tout misérabilisme. Il y a même des moments très drôles dans Casse, film étonnamment chaleureux en dépit de son contexte. Dans une des dernières séquences, un africain se met même à chantonner, puis esquisser un pas de danse, tout en démantibulant une vieille Renault.
 

A ce moment - et d'autres- Casse réussit à donner corps à ce qu'on appelle finalement assez abstraitement Les immigrés. Elle rappelle que sous cette étiquette et les fantasmes de menace qu'elle trimballe ces temps-ci, il y a nos semblables, qui vivent de joies et de peines comme tout le monde.

Tout ça n'empêche pas Casse d'être un film inifiniment politique: mettre en parallèle des gens qui cherchent à mains nues, ce qui permettrait de faire tourner le moteur de leurs bagnoles, c'est aussi raconter pourquoi celui de la France actuelle a des cahots, parler du monde du travail et d'un rapport de classes sociales.

Mais aussi poser la question du capitalisme tel qu'il se pratique aujourd'hui, sa mue vers le consumérisme à outrance touchant autant les objets que les hommes quand aujourd'hui ils sont mis au rebut de la même manière. Casse fait le bilan d'une époque où les immigrés sont venus en grande partie pour travailler dans l'industrie automobile.

Voir des mains qui ont probablement assemblé des voitures à la chaîne, fouiller dans des épaves, ou un tunisien âgé énoncer que ses enfants cassent les voitures alors qu'il essaie tant bien que mal de les réparer parle forcément d'une transition entre les époques, voire de l'obsolescence programmée de ce monde ouvrier qui subsiste désormais comme il peut.

 

En salles depuis le 1er octobre