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L’utopie en marche de DjerbaHood

L’utopie en marche de DjerbaHood

Deux Nova-reporters étaient sur les lieux : regards croisés.

Par Fadia Dimerdji & Sellika Rizlaine

Un musée à ciel ouvert existe désormais sur l’île de Djerba en Tunisie. Il est réalisé par 150 artistes de 30 nationalités des 4 coins du monde. Nous avons refait nos valises pour découvrir par nos propres yeux les fresques des titans du « streetart ». Nous n’étions pas les seuls curieux, personnalités politiques, journalistes, bloggeurs et bien d’autres ont pris l’avion, direction le « hood » de l’art urbain à Djerba.

Le regard de Fadia


Quand l’art devient un facteur de paix et de tolérance. C’est le pari gagné de Mehdi Ben Cheikh de la galerie Itinérance. Après la tour Paris 13 c’est sur l’ile de Djerba en Tunisie dans le village d’Erriadh plus précisément que l’événement DJERBAHOOD a eu lieu les 18 et 19 septembre 2014. J’ai rencontré un personnage incontournable de l’ile en la personne de monsieur René, enfant du pays et footballeur dans sa jeunesse ainsi que deux artistes parmi la centaine d’intervenants, il s’agit de Dabro et Nilko. Le premier peint des apparitions et compte sur l’effet du temps pour renforcer son propos et le second vient de la bande dessinée qu’il a vite abandonné pour s’exprimer librement sur les murs, son kif ? Les personnages ! 


Mehdi Ben Cheikh a su créer une dynamique dans un village pour nous donner à voir dans un musée à ciel ouvert les œuvres d’une centaine de streetartists venus du monde entier, comme une conspiration de bonnes volontés qui va du collectionneur mécène à la mère de famille offrant bricks et boulettes aux visiteurs  en passant par les jeunes en t-shirt orange pour nous guider à travers les ruelles éclairées de lampadaires spécialement fabriqués aux normes de la STEG (EDF Tunisien) , un élan global et multiforme de la société civile comme une promesse d’une Tunisie heureuse ? Inchallah ! En tout cas, ça marche ! Vérifiez vous même en y allant… C’est à Djerba dans le village d’Erriadh ( Harra Sghirra pour ceux qui connaissent).

 


Le Regard de Sellika

Djerba, la douce comme l’appelle certains, est une île qui s’offre aujourd’hui au monde. Ce petit bout de terre au cœur du village d’Erriadh abrite l’une des plus anciennes synagogues après celle de Jérusalem. Cet été, elle a pu accueillir une centaine d’artistes de 30 nationalités différentes. Ils ont créé des œuvres d’art en harmonie les uns avec les autres. Dabro artiste d’origine tunisienne me raconte qu’au départ, le pari n’était pas forcément gagné : « J’ai été parmi les premiers artistes,  je m’en souviens, tout était vierge. Au départ, les habitants se posaient beaucoup de questions et puis on a dû leur expliquer pour les rassurer sur nos intentions et ce qu’on voulait apporter au village artistiquement, le fait que je sois tunisien facilitait la tâche bien sûr… »

Pour le galeriste Mehdi Ben Cheikh communiquer, échanger et rassurer les iliens est pour lui normal, le musée à ciel ouvert est une réussite mais les iliens ne veulent pas être instrumentalisés ou manipulés.

D’autant qu’ils ont leurs propres problèmes à régler et pas des moindres, car si le village d’Erriadh est devenu un musée à ciel ouvert, il n’empêche que Djerba souffre…


L’île de Djerba souffre

On ne peut pas fermer les yeux sur la catastrophe écologique que Djerba vit au quotidien. Les déchets parsèment les routes, les sacs plastiques étouffent les oliviers, les habitants sont si désœuvrés qu’ils en brûlent les détritus, entrainant des fumés de gaz toxiques… Le vernissage de « Djerbahood » a été l’occasion pour les habitants de crier leur désespoir et leur colère. « Au temps de Ben Ali tout était propre, nous en étions même au traitement sélectif des détritus même si les ordures étaient ensevelies sous la terre, une catastrophe pour les nappes phréatiques… Je ne regrette pas la révolution au contraire, je reproche juste aux institutions de ne rien faire pour pallier cette situation qui doit cesser et nous sommes prêts à continuer le combat pour l’émancipation… » 

Le combat des tunisiens est loin d’être terminé, ils devront trancher et réfléchir sur l’avenir de leur pays lors des prochaines élections qui se dérouleront dans les prochains mois. Et, c’est dans ce contexte post révolutionnaire que l’art urbain prend tout son sens. Mehdi rappelle un point géopolitique « N’oublions pas que la Libye n’est qu’à quelques kilomètres…la culture est la seule vraie arme contre l’obscurantisme " 

Djerbahood hypnotise la presse

Et, pour terminer en apothéose, l’inauguration s’est voulu libre, à l’image du projet. Enfants, villageois, touristes, journalistes ont déambulé dans la cité d’Erriadh pour découvrir ou redécouvrir les chefs d’œuvres des « titans du streetart ».

Le monde, libération, le courrier de l’atlas et même le New York Times,  plus de 600 médias ce sont intéressés au « phénomène Djerbahood ». Un engouement médiatique à la hauteur de ce projet ambitieux de Mehdi Ben Cheikh directeur de la galerie Itinerrance.  

« Maintenant je ne réalise pas encore l’ampleur, mais le résultat prouve que tout est possible et j’ai encore de grands rêves encore plus fou »

L’histoire sans fin du streetart continue…


Un cadeau de certains « Titans du Streetart », une mini playlist de sons qu’ils affectionnent et quelques mots sur leur aventure Djerbahood. Nous vous invitons à aller découvrir nos vidéos sur notre chaîne youtube et si vous en avez l’occasion rendez vous sur place pour voir ces merveilles de vos propres yeux. 

Playlist

Nilko (crew AMC)

 

Style & Univers : Graffitis de personnages et de décors

Pour moi Djerbahood  c’est : « 404 Gang Represent »

Ol’dirty Bastard « Cold Blooded »

 

Method Man & Redman feat. Blue Raspberry - Cereal Killer

 

George & Gwen McCrae - The Rub 

 

DA BRO 


Style & Univers
 : Fusain, Acrylique, créations de personnages berbères, joueurs de flûte, portraits tels des apparitions

Pour moi Djerbahood c’est : la chaleur, la saveur des bricks, les rires et la curiosité des enfants la lumière des projecteurs

Sons :

BUSY SIGNAL - STUCKY - GET LUCKY

 

King Abid - Ka3btine Celtia

 

Bob Marley - Guiltiness

 

Shoof

 

Style & Univers : Writing avec des lettres Arabes

Pour moi Djerbahood c’est : « This is just the beginning »

Nina Simone - Sinnerman

 

Gil Scott-Heron - The Revolution Will Not Be Televised

 

Casey- Créature Ratée

 

Kan

Style & Univers: StreetPointillist

Pour moi Djerbahood c’est: “Chokran” (merci en arabe)

Dave Brubeck « Unsquare Dance » 

 

Moderat- A new Error

 

Mister Modo/Invasion - Judgment Day Remix