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Quand le vide passionne

Quand le vide passionne

Le roofing est une pratique qui fait de plus en plus d'adeptes.

Par Alice Barret

 

Depuis quelques années maintenant, les adeptes du roofing sont de plus en plus nombreux. On ne parle pas ici du métier de couvreur (car c'est la première signification du terme), mais bien de ces créatures mi-hommes, mi-araignées, qui gravissent les bâtiments, et ce, sans mesures de sécurité et souvent de manière illégale. Ils repoussent sans cesse leurs limites en escaladant des structures toujours plus hautes. 

En France, nous avons Alain Robert que l'on surnomme l'Homme Araignée, tant ses performances sont impressionnantes et aux limites des capacités humaines. A son palmarès, on compte l'ascension de la Tour Eiffel, la tour principale de la Défense, et à l'étranger, l'Empire State Building à New York,  les Pétronas Twin Towers en Malaisie qui lui ont valu son record sans assurage dans la discipline (452 mètres !). Ce petit homme d’1m65, 50kg a réussi à faire de cette passion son métier, en se faisant sponsoriser, même si la pratique reste illégale.

 

 

Alain Robert a enfanté un véritable mouvement qui fait un boom considérable en Russie. Nombreux sont les jeunes grimpeurs urbains qui s’adonnent désormais à cette pratique vertigineuse. Ils escaladent toutes sortes de constructions, se filment ou se photographient une fois leur but atteint, perchés aux sommets. Cette pratique est tellement dangereuse que l’on peine à comprendre cet engouement croissant pour celle-ci. Contrairement à Alain Robert qui constitue un cas isolé, et qui exerce cette passion comme un métier, c’est-à-dire de manière extrêmement rigoureuse et méthodique, ces groupes de roofers russes sont très répandus et ne sont pas dotés de la même expérience. Si cette activité est extrêmement risquée, de plus en plus nombreux sont ceux qui pourtant  l’exercent. Comment expliquer cet attrait pour le danger, cette passion de l’extrême qui vous emmène à la frontière entre la vie et la mort ? 

 

Une étude qui prend pour sujet le risque dans la pratique de l’escalade a mis en avant l’argument de Le Breton dans son livre, Passions du risque pour tenter d’expliquer la raison d’être des sports extrêmes. Pour Breton, la quête d’identité est ce qui motive en premier lieu les pratiques à risques. Il assimile l’engouement pour ces pratiques à une opposition essentielle au type d’orientation que prend notre société occidentale, dans laquelle les repères sont confus. Ainsi, le risque du roofing permettrait aux jeunes de réaliser leur identité. Leur motivation est certainement à trouver du côté d’une volonté de sortir d’un carcan, de se démarquer par une activité hors du commun. Mais on ne peut cependant pas réduire l’explication de ce phénomène à cela, et il doit y avoir d’autres motivations qui entrainent ces jeunes aux sommets du danger.

 Le pont de Zhivopisny à Moscou.

.Le Krasnye Vorota, un des immeubles staliniens de Moscou.
 
La tour de l’horloge du siège des services de renseignements, Minsk, Biélorussie.

 

De plus, les passionnés de sensations fortes ont toujours existé - en témoignent ces images recueillies par l’artiste français Thomas Mailaender dans son livre The Night Climbers of Cambridge, qui montre des groupes d’étudiants escaladant des monuments la nuit à Cambridge, dans les années 1930. (via l'article de La Boite Verte).