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Le paradis perdu de Yoyo Maeght

La fondation, sol y sombra.

Par Jean Rouzaud

La fondation Maeght, ce nom résonne en France comme un havre d’Art Moderne dont le chic et la classe n’ont pas d’équivalent . Avec des noms comme Braque, Miro, Calder, Giacometti, Chagall et tant d’autres, on plane dans de hautes sphères esthétiques .

Même si depuis, bien d’autres centres d’Art ont fait leur apparition, celui ci fut le premier, adoubé par Malraux et parrainé par Bonnard et Matisse, situé sur les hauteurs de Saint Paul de Vence, lieu élu par des artistes et devenu un symbole d’art de vivre.

 

 

Mais l’histoire du couple fondateur est bien moins connue : Marguerite et Aimé Maeght ont été le tandem absolu de cette création française. Elle la provençale et lui, le gars du Nord, ( son nom est flamand) descendu vers le sud pour travailler comme graveur spécialisé en Lithogravure (faite de passage de PIERRES gravées, aux tirages les plus fins..)

La légende de cette histoire est que Aimé Maeght était passionné d’Art, convaincu dés les années VINGT de la montée en puissance de ce qu’on appelait déjà ART MODERNE, et qu’il allait tout mettre en œuvre pour promouvoir ces nouveaux artistes, et qu’il a réussi.

Il créera plusieurs galeries Maeght en Europe, et surtout des ateliers de gravures, céramiques et autres ferronneries… et devint le plus grand éditeur d’Art mondial, grâce aux lithogravures, tirages de luxe, grand formats, livres et portfolios numérotés… Il multipliait les œuvres par cent et atteignait ainsi un nouveau public, lui aussi multiplié par cent !

Presque un siècle plus tard, sa petite fille Françoise ( troisième fille d’un fils unique, Adrien Maeght, actuel successeur de l’ex-empire...), a décidé de raconter une nouvelle version de la saga, angle « backstage ».

Françoise ( que l’on appelle YOYO), la cinquantaine, soulève tout d’un coup le voile sur la part d’ombre de sa famille, ce que Graham Green appelait le « facteur humain », et ce, dans un livre de 333 pages, un pavé dans la piscine de la fondation !! 

Elle nous raconte la montée en gloire de ses grands parents, la famille d’artistes regroupée autour de ce couple atypique, incroyable et si habile, se complétant en tout, réussissant à franchir tous les obstacles.

Les paris de ce « papy » énergique et unique, Aimé, s’attachant les plus grands plasticiens jusqu’à l’apothéose vers 1960 : créer un lieu magique, fait pour tous les Arts, grâce à la renommée de chacun.

La fondation de Saint Paul attirera le monde entier, d’expositions en fêtes , cocktails et aussi concerts ( de Duke Ellington à John Cage en passant par Sun Ra !!!), happenings, diners somptueux ou Chaplin, Braque et Prévert rigolent ensemble. 

Et lorsque le livre de YOYO passe de cet eden sixties à ce qui va devenir un cauchemar de gestion, de répartition, d’organisation, c’est tout un système de confiance, de largesses qui est en train de disparaître. Les médias et les regards changent d’horizon.

Car à travers cette saga, et malgré les particularismes des personnages évoqués : le rayonnement solaire d’Aimé, le sens pratique de Marguerite, les insouciances tyranniques d’Adrien (le fils), la psycho rigidité tragique d’Isabelle (l’ainée des enfants d’Adrien) ), l’originalité de Florence (la deuxième) et même les revirements de Jules (le dernier fils) ….

C’est toute une époque qui bascule. 

Les années 80, 90 et 2000 vont continuer, entre accélérations et dérapages , abus et fautes de gestion, comptabilité dérivante et rattrapages acrobatiques, mais surtout incommunicabilité familiale, presque programmée, jusqu’à la rupture.

C’est ultra-rare en France, l’histoire d’une fortune familiale révélée puis démontée aussi crûment, surtout par l’un de ses membres.

 

 

La saga MAEGHT . par Yoyo Maeght . Robert Laffont éditeur.

333 pages et 2 cahiers photos. 21 euros 50.