Aller au contenu principal

La fin de l'arbitrage humain dans le foot ?

Les chroniques d'Usbek & Rica : #33.

Par Thierry Keller

Chronique Nova n°33 : Pour la première fois dans l’Histoire de la Coupe du Monde de football, un but a été accordé par assistance vidéo. C’était pendant le match France-Honduras, au cours duquel le ballon, d’abord frappé par Karim Benzema, a ensuite touché le gardien adverse pour franchir complètement la ligne (condition sine qua non pour que le but soit validé). Mais à vitesse réelle, ce n’était pas clair du tout.

Avec un arbitrage classique, rendu par la seule sagacité d’un être humain, il y aurait forcément eu polémique. Sauf que le dénommé Sandro Ricci, l’arbitre de la rencontre, était assisté de la « Goal Line Technology », ou « technologie de ligne de but », mise au point par la société allemande GoalControl. Comment ça marche ? Autour de chaque but sont installées sept caméras à haute vitesse, capables de capturer jusqu’à 500 images par seconde et de restituer une image de synthèse parfaite (avec juste 5 mm de marge d’erreur) qui dit si la balle est dedans ou pas. L’arbitre reçoit alors un petit message sur sa montre connectée au système indiquant « Goal » ou « No goal ». Simple et efficace, aucune contestation possible. Et pourtant il a fallu attendre 2014 pour que ça arrive dans une compétition internationale.

L’arbitrage vidéo est utilisé au judo, au cricket, et même au billard

L’arbitrage vidéo existe pourtant dans d’autres sports. Dans tous les tournois de tennis du Grand Chelem, sauf à Roland-Garros. En rugby, l’arbitre attend le ralenti pour valider un essai. Et l’arbitrage vidéo est aussi utilisé en escrime, au football américain, au hockey, au judo, au cricket et même au billard ! Sauf que dans le foot, sport le plus populaire de la planète, l’arbitrage vidéo faisait encore débat jusqu’à ce mois de juin et ce fameux but de la France, véritable plaidoyer en faveur de son utilisation.


Platoche, plus que sceptique face à la « goal line technology »

 

Platini pense que l’erreur d’arbitrage est partie intégrante du foot et du spectacle, et ne veut pas voir son sport dévoyé par la froideur de la machine

Pourquoi ça faisait débat ? Michel Platini, par exemple, qui dirige l’UEFA, est farouchement contre la vidéo. Il pense que l’arbitrage doit rester entre les mains d’un arbitre de chair et d’os. Il pense que l’erreur d’arbitrage est partie intégrante du foot et du spectacle, et ne veut pas voir son sport dévoyé par la froideur de la machine. Sans compter que, s’il faut vérifier les images à chaque litige, le jeu va perdre en fluidité, et ça risque de devenir un calvaire. Les partisans de l’assistance vidéo, eux, disent que la vidéo, c’est l’équité sportive respectée. Par exemple, Maradona n’aurait jamais pu marquer de la main en 1986, et le but de Lampard refusé en 2010 aurait peut-être fait gagner l’Angleterre contre l’Allemagne. En plus, on pourrait étendre l’usage de la vidéo pour juger les hors-jeu, à la fois cruciaux dans la règle du foot, et gros casse-tête pour l’œil humain. Ils disent aussi qu’attendre le verdict de la machine, ça fait partie du spectacle. Et c’est vrai que, en foot comme en tennis, il est croustillant d’attendre l’image de la super caméra sur son écran !


La « main de Dieu » de Maradona, mauvais geste d’anthologie que seul le coup de boule de Zizou a réussi à égaler

 

Sepp Blatter propose qu’un entraîneur, à partir de la vidéo, puisse contester une décision de l’arbitre

Peut-on imaginer qu’à terme, les arbitres soient complètement remplacés par la techno ? Ce qui est certain, c’est qu’il va être bientôt techniquement possible d’équiper l’arbitre de lunettes ou de lentilles connectées, qui lui permettraient de voir une image retravaillée avec toutes les données nécessaires « par dessus » l’image réelle. A partir de là, il faudra bien légiférer. Déjà, Sepp Blatter, l’actuel président de la FIFA, propose qu’un entraîneur, à partir de la vidéo, puisse contester une décision de l’arbitre.

Ce serait la fin, non pas de l’arbitre, mais de sa toute puissance. L’arbitre ne serait plus un juge suprême, mais une sorte d’animateur de jeu : à la technologie l’absolue impartialité, à l’humain la psychologie et l’interprétation. Que Platini se rassure, donc : il faudra toujours un arbitre humain. Ne serait-ce que parce s’il n’y a plus d’arbitre, il n’y a plus personne à insulter. Et insulter l’arbitre, polémiquer après le match sur une erreur d’arbitrage, c’est aussi ce qui donne de la saveur au foot.

Image à la une : Goal Line Technology / BBC