Aller au contenu principal
L'art comme arme pour empêcher l'expulsion d'un bidonville

L'art comme arme

Plus de 400 personnes vont être expulsées du Bidonville de la Parette situé dans le 11ème arrondissement de Marseille.

Par Milena Peillon

Demain matin les forces de l'ordre démoliront et évacueront le bidonville de La Parette, où vivent plus de 400 femmes, hommes et enfants d'origines Roms, Roumains, Kosovares. Une partie d'entre eux va être relogée, tandis que les autres reprendront le chemin de l'errance, et recommenceront probablement à construire des logements de fortunes à quelques kilomètres de là.   

Contre cette éviction plusieurs associations marseillaises ont décidé de se mobiliser avec pour arme principal : l'art. L'association ICI, à décidé de coller plus de 1000 photographies en noir et blanc dans le centre ville de Marseille. 

Elles représentent des enfants âgés de 5 à 23 ans issus du bidonvilles de La Parette. Sur les affiches le slogan se veut simple et clair "Quand réagirez-vous ?". Ils veulent interpeller en montrant que enfants scolarisés du bidonville ne pourront pas finir leur année comme tous les autres - sachant que Marseille compte entre 1200 à 1300 Roms qui logent sur plus de 26 terrains.

De son côté l'association Artriballes, propose des activités artistiques aux habitants du bidonville. Elle réalise aussi un véritable travail de réinsertion et d'accompagnement de ses résidents vers le monde du travail. Artriballes a bâti avec les habitants une cabane, au coeur du bidonville, ornée de dessins et plusieurs créations. C'est là qu'étaient organisés par l'association des cours de français pour adultes ou de pré-scolarisation pour les enfants ainsi que des activités artistiques.

Malika Moine artiste et membre de l'association est spécialisée dans le reportage dessiné. Elle a peint plusieurs aquarelles représentant les conditions de vie du bidonville. Ces dessins illustrent à merveille la joie de vivre de ses habitants, sur un terrain qui leur convenait malgré une vie teintée d'inquiétude et de pauvreté.

Le bidonville est loin de l'image négative souvent véhiculée par ces terrains, il dispose de plusieurs points d'eaux et de toilettes sèches. Alors qu'il va être détruit La Parette, aurait pu voir se développer par exemple l'aménagement de terrains verts. 

Sur les aquarelles de Malika les cours de français, les "ateliers d'alphabétisation", dispensés par l'association prennent vie. Elle illustre le travail d'Artriballes, qui agit au quotidien pour l'insertion des habitants de La Parette sur le marché du travail.

Malika explique : " Je dessine car je considère que les Roms subissent aujourd'hui un racisme intolérable. Ce matin encore un fait divers les concernant un jeune Rom est insupportable. Avec mes dessins je souhaiterais humaniser ces gens qui sont donnés pour transparents dans notre société. Je veux montrer que ce sont des hommes et des femmes comme les autres, qui ont un mérite incroyable. Ils restent propres, les hommes travaillent, les enfants ont toujours le sourire. 

Je suis allée peindre dans leurs cabanes, elles sont incroyablement chaleureuse, décorées, l'hiver il fait bon dedans. Je voudrais participer à travers mes aquarelles à cette anti-stigmatisation".